Jeffrey KOUTON est Ingénieur Statisticien Économiste, diplômé de l’École Nationale Supérieure de Statistique et d’Économie Appliquée d’Abidjan (ENSEA). Il est également titulaire d’une licence en Statistiques Appliquées obtenue à l’École Nationale d’Économie Appliquée et de Management (ENEAM) à Cotonou au Bénin, ainsi que d’une licence en Sciences Économiques, avec une spécialisation en Analyse des Politiques de Développement, obtenue à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion (FASEG) de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin. Avant d’intégrer la Division des Partenariats d’Infrastructure (PICU.3) de la Banque Africaine de Développement, il a travaillé dans plusieurs centres d’études et de recherche en Côte d’Ivoire et au Bénin sur des problématiques liées à la dette et au déficit budgétaire, à la liquidité du secteur bancaire, à la fragilité, et à la transformation structurelle. Il a également à son actif plus d’une dizaine de publications scientifiques dans des revues internationales à comité de lecture sur des sujets relatifs aux énergies renouvelables, aux développement des TIC, à la croissance inclusive, aux chaînes de valeurs mondiales, ainsi qu’à la qualité des institutions. Rencontre avec ce génie des statistiques à qui on peut concéder trois grandes qualités : humilité, rigueur, et professionnalisme.

In 15 years, NEPAD-IPPF has committed US$96 million to the preparation of 91 cross-border infrastructure projects

Entretien avec Jeffrey Kouton, Ingénieur Statisticien Économiste à la BAD

Jeffrey KOUTON est Ingénieur Statisticien Économiste, diplômé de l’École Nationale Supérieure de Statistique et d’Économie Appliquée d’Abidjan (ENSEA). Il est également titulaire d’une licence en Statistiques Appliquées obtenue à l’École Nationale d’Économie Appliquée et de Management (ENEAM) à Cotonou au Bénin, ainsi que d’une licence en Sciences Économiques, avec une spécialisation en Analyse des Politiques de Développement, obtenue à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion (FASEG) de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin. Avant d’intégrer la Division des Partenariats d’Infrastructure (PICU.3) de la Banque Africaine de Développement, il a travaillé dans plusieurs centres d’études et de recherche en Côte d’Ivoire et au Bénin sur des problématiques liées à la dette et au déficit budgétaire, à la liquidité du secteur bancaire, à la fragilité, et à la transformation structurelle. Il a également à son actif plus d’une dizaine de publications scientifiques dans des revues internationales à comité de lecture sur des sujets relatifs aux énergies renouvelables, aux développement des TIC, à la croissance inclusive, aux chaînes de valeurs mondiales, ainsi qu’à la qualité des institutions. Rencontre avec ce génie des statistiques à qui on peut concéder trois grandes qualités : humilité, rigueur, et professionnalisme.

Jeffrey Kouton

54 ÉTATS : Vous êtes économiste au sein de la Division des partenariats d'infrastructure (PICU.3) de la BAD, sous la direction de M. Mike Salawou. Vous avez une grande expérience dans la planification et la programmation des opérations d'infrastructure. Quelles sont vos missions ?

Jeffrey Kouton : J'ai rejoint la Division des partenariats d'infrastructure (PICU.3) de la Banque en 2018.

Mes missions s'articulent principalement autour de deux des quatre piliers de la division PICU.3 : Le Fonds spécial du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique - Mécanisme de préparation des projets d'infrastructure (NEPAD-IPPF) et le Consortium pour les infrastructures en Afrique (ICA)

Sur le premier pilier (NEPAD-IPPF), je travaille sur les projets d'infrastructure et la gestion du portefeuille. En ce qui concerne la gestion des projets,

je joue un rôle de premier plan dans la préparation et le suivi du programme de travail annuel des projets d'infrastructure

Je travaille avec des agences d'exécution, des spécialistes des projets d'infrastructure pour faire avancer ceux du NEPAD-IPPF à travers le cycle du projet, de l'évaluation à l'achèvement, en particulier dans les domaines de la passation des marchés en collaboration avec les départements concernés de la BAD.

Mon rôle est de coordonner le processus d'appel à propositions et de maintenir une plateforme de gestion de pipeline/portfolio

En ce qui concerne la gestion du portefeuille, mon rôle est de coordonner le processus d'appel à propositions, y compris la sélection des propositions complètes, et de maintenir une plateforme de gestion de pipeline/portfolio qui suit les projets dans toutes les composantes du NEPAD-IPPF et de tenir à jour des dossiers sur l'état d'avancement des projets du NEPAD-IPPF.

Je coordonne et surveille actuellement le développement et la mise en œuvre d'une plateforme numérique opérationnelle de gestion de portefeuille pour le NEPAD-IPPF

À cette fin, je coordonne et surveille actuellement le développement et la mise en œuvre d'une plateforme numérique opérationnelle de gestion de portefeuille pour le NEPAD-IPPF. Le champ de mes activités de gestion de portefeuille comprend également le suivi de la performance du portefeuille du NEPAD-IPPF par rapport au cadre de gestion des résultats de la BAD et aux indicateurs clés de performance du NEPAD-IPPF, en utilisant des données consolidées provenant des rapports au niveau des projets ainsi que de la performance au niveau du Fonds.

En ce qui concerne le deuxième pilier (ICA), je fournis une assistance technique et opérationnelle pour les activités du Consortium, en particulier en ce qui concerne les activités d'engagement des membres et la préparation du rapport sur les tendances du financement des infrastructures (IFT) en Afrique.

Le rapport IFT est le rapport annuel de l'ICA sur la façon dont les ressources financières sont mobilisées pour faciliter le développement des secteurs des infrastructures de transport, d'eau et d'assainissement, d'énergie et de TIC en Afrique.

Ce rapport, entre autres sujets, met en avant la discussion sur les infrastructures durables et de qualité qui contribuent grandement à la prospérité et au développement économique. Il souligne le rôle des membres de l'ICA dans les réformes institutionnelles et politiques ainsi que leur contribution financière constante dans le domaine des infrastructures.

Je suis également impliqué dans la préparation de notes d'orientation sur les infrastructures et de documents sur divers sujets liés au développement du secteur des infrastructures, y compris des travaux d'analyse, de statistique et de recherche sur un large éventail de questions opérationnelles et régionales sur les infrastructures.

Enfin, je participe à la mise en œuvre de l'agenda et des priorités de la Division des travaux du secteur économique (ESW).

54 ÉTATS : À quoi ressemble votre portefeuille cible ?

Jeffrey Kouton : Le NEPAD-IPPF a établi une forte empreinte en tant que principal mécanisme de préparation de projets qui se concentre sur la préparation de projets d'infrastructure régionaux en Afrique. Ce faisant, il joue un rôle de catalyseur en préparant des projets et des programmes d'infrastructure régionaux en appui au Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) et aux CER.

À ce titre, la priorité du NEPAD-IPPF est accordée aux activités préparatoires ayant une forte probabilité de générer des projets d'infrastructure régionaux viables pouvant obtenir un financement de sources publiques et/ou privées. Compte tenu du contexte mondial, la pandémie actuelle de COVID-19 a démontré la nécessité de disposer d'infrastructures résilientes et adaptables, capables de fonctionner efficacement dans des moments de crise inattendue.

Les efforts de redressement post-pandémique nécessiteront des investissements accrus dans des infrastructures technologiquement avancées, durables et résilientes. Nous prévoyons de nous adapter en conséquence en augmentant la création et la préparation de projets dans ces domaines.

54 ÉTATS : Comment percevez-vous la relation entre les multi-bailleurs, les Communautés économiques régionales (CER), le Fonds spécial NEPAD-IPPF et l'ICA ?

Jeffrey Kouton : Cette relation est très critique et toutes ces entités sont des acteurs majeurs de l'infrastructure qui s'engagent à promouvoir, permettre et faciliter l'investissement dans l'infrastructure africaine.

Le NEPAD-IPPF met en commun les ressources mobilisées auprès des donateurs et accorde des subventions aux promoteurs de projets

Le NEPAD-IPPF met en commun les ressources mobilisées auprès des donateurs et accorde des subventions aux promoteurs de projets (pays africains, CER, etc.) pour la préparation de projets d'infrastructure régionaux et continentaux viables dans les secteurs de l'énergie, des transports, de la gestion des ressources en eau transfrontalières et des TIC, afin de solliciter des financements auprès de sources publiques et privées.

Les projets financés et préparés par le NEPAD-IPPF proviennent dans la plupart des cas des Communautés économiques régionales (CER), des institutions spécialisées ou des pays membres régionaux (PMR) de la BAD, qui font office d'agences d'exécution des projets.

La capacité des agences d'exécution est un facteur important pour le succès et la qualité des études du NEPAD-IPPF. Les donateurs ainsi que les principales parties prenantes reconnaissent la nécessité et l'importance de la préparation des projets et le positionnement stratégique du NEPAD-IPPF pour combler le retard en matière d'infrastructures en Afrique.

En outre, la confiance et le soutien des donateurs sont essentiels à la durabilité et au succès du NEPAD-FIPP. Leurs mandats sont largement alignés sur les objectifs du NEPAD-FIPP.

L'ICA, dont la mission est d'accroître le financement du développement durable des infrastructures en Afrique, afin d'améliorer les conditions de vie et le bien-être économique des populations africaines, collabore avec le NEPAD-IPPF pour constituer et coordonner une réserve de projets d'infrastructure en Afrique prioritaires, dans le but de devenir une source principale de projets bancables pour le Forum d'investissement africain et son réseau d'investisseurs du secteur privé.

L'ICA s'engage activement auprès des partenaires de développement et de financement, pour promouvoir et soutenir la prise de décision et la planification en vue de surmonter les défis identifiés pour accroître les investissements dans des domaines spécifiques. En travaillant avec le NEPAD-IPPF, l'ICA vise à s'assurer que les projets et les initiatives qui traitent de ces domaines sont prioritaires.

54 ÉTATS : Comment combler le déficit d'infrastructures en Afrique ? Pouvez-vous nous parler d'un de vos projets clés ?

Jeffrey Kouton : Alors que les engagements totaux en faveur des infrastructures africaines se sont élevés à 100,8 milliards de dollars en 2018, le déficit de financement reste énorme et est estimé entre 68 et 108 milliards de dollars.

Combler le déficit des infrastructures en Afrique nécessite des actions concertées tout au long de la chaîne de valeur du développement des infrastructures, en amont, en milieu de chaîne et en aval.

En amont, le développement des infrastructures nécessite la création d'un environnement propice et favorable qui sera attrayant pour les investisseurs et les financiers de projets. C'est l'un des objectifs de l'ICA.

En aval, la préparation des projets est cruciale pour préparer des projets bancables et prêts à être investis. En effet, la préparation des projets est l'un des principaux maillons faibles de la chaîne de valeur des infrastructures africaines. Sur tout le continent, il y a un manque de projets bien préparés, ce qui entraîne une stagnation dans le développement d'une réserve de projets bancables. Le NEPAD-IPPF et d'autres mécanismes de préparation de projets visent à garantir la disponibilité de projets prêts à être investis.

En aval, la promotion des partenariats public-privé (PPP) et d'infrastructures durables et de qualité en Afrique est également une bonne chose.

Les PPP peuvent non seulement contribuer à combler le manque d'investissements dans les infrastructures, avec une participation accrue du secteur privé, mais aussi améliorer la qualité et l'efficacité des services d'infrastructure en tirant parti du financement et de l'efficacité du secteur privé.

L'un des projets sur lequel je travaille est celui du port en eau profonde de Buba (situé en Guinée-Bissau), pour lequel le NEPAD-IPPF fournit une assistance technique et financière pour les études de faisabilité et la structuration du partenariat public-privé (PPP) pour la construction du port. La mise en œuvre du port en eau profonde de Buba fait partie des principaux projets d'infrastructure identifiés par le gouvernement de Guinée-Bissau comme nécessaire pour améliorer la compétitivité du pays dans le commerce international.

Le port envisagé peut potentiellement desservir quatre autres pays d'Afrique de l'Ouest (Sénégal, Guinée, Mali, Burkina Faso et Côte d'Ivoire), offrant ainsi une intégration régionale et des opportunités commerciales.

54 ÉTATS : Que recommandez-vous pour un développement numérique durable en Afrique ?

Jeffrey Kouton : La numérisation a pris un grand essor au cours des deux dernières décennies, et elle a changé la façon dont les gens, les consommateurs et les entreprises travaillent et communiquent dans le monde entier. Ce changement est principalement attribué à l'avènement des technologies de l'information et de la communication (TIC), notamment l'internet et les technologies mobiles, qui créent de nouveaux produits et processus, de nouveaux canaux de marché et des complexités organisationnelles, ainsi que des avancées technologiques.

Les économies africaines connaissent un processus constant de numérisation et les révolutions technologiques sur le continent sont en constante évolution. Les infrastructures TIC ont évolué permettant de belles perspectives. Selon le rapport 2018 de l'IFT produit par l'ICA, en 2018, le financement des infrastructures TIC s'est élevé à 7,1 milliards de dollars, dont 80 % provenaient d'investisseurs privés.

Par conséquent, bien que je reconnaisse que plusieurs stratégies peuvent être explorées en matière de développement numérique, je pense que l'accent pourrait être mis sur le développement et la promotion des TIC, tant du côté de la demande que de l'offre.

Les infrastructures de télécommunications, en particulier l'Internet, devraient être développées davantage afin de favoriser le développement durable. Étant donné que les connexions Internet à haut débit nécessitent des infrastructures de qualité pour bien fonctionner, je recommande de mettre en place davantage de câbles en fibre optique et d'installer plus de points d'échange Internet.

L'importance des infrastructures de l'Internet à haut débit réside également dans le fait qu'elles génèrent des externalités positives, en ce sens que plus vous les utilisez, plus d'autres personnes peuvent en bénéficier. Il s'agit d'une caractéristique importante qui pourrait être exploitée dans d'autres secteurs d'infrastructure africains tels que l'énergie.

De même, il serait important d'augmenter encore les investissements dans les TIC, ce qui, en fin de compte, stimulera la demande des consommateurs pour le haut débit afin de surmonter le défi de la fracture numérique. L'utilisation généralisée de l'infrastructure Internet permettra aux entreprises d'exploiter diverses opportunités dans plusieurs secteurs socio-économiques. Du côté de l'offre, on pourrait envisager de meilleurs cadres réglementaires susceptibles de renforcer la concurrence et de remédier aux imperfections existantes du marché, ce qui conduirait à de nouvelles innovations technologiques en raison de la baisse des prix et de l'élargissement des marchés pour les consommateurs et les producteurs.

54 ÉTATS : Parlez-nous de la publication du 15ème anniversaire du NEPAD-IPPF ?

Jeffrey Kouton : Le rapport sur les 15 ans du NEPAD-IPPF présente les réalisations du Fonds spécial au cours de ses quinze premières années d'existence (2004-2019), en soulignant son rôle dans la réduction du déficit de financement des infrastructures en Afrique.

Le rapport montre les bons résultats obtenus par le Fonds dans la préparation de projets d'infrastructure régionaux/continentaux multisectoriels, de haute qualité et durables.

Il souligne la contribution du NEPAD-IPPF aux initiatives phares de l'Afrique telles que : le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA), l'Agenda 2063, les Objectifs de développement durable (ODD), et les High 5s de la BAD.

En quinze ans d'activité, le NEPAD-IPPF a apporté un soutien institutionnel aux institutions régionales et engagé 96 millions USD dans la préparation de 91 projets d'infrastructures transfrontalières.

Au 31 décembre 2020, 109,8 millions USD ont été engagés pour la préparation de 100 projets.

Le soutien apporté par le NEPAD-IPPF a permis de financer en aval d'importants projets de transformation, essentiels à l'intégration économique et à la croissance du continent.

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction