Au Niger, le temps de la campagne est semble t-il venu et le président Mahamadou Issoufou prépare la relève. En effet, comme le prévoit la constitution, le président Issoufou ne se représentera pas en 2021. Pas de troisième mandat mais un nouveau dauphin désigné, l'actuel ministre de l'intérieur Mohamed Bazoum. Quels sont les rapports de forces politiques dans le pays et les défis à relever ? Éléments de réponse avec Idrissa Waziri, président de la section France du parti Nigérien pour la démocratie (PNDS)porte-parole de l'Ogranisation de la jeunesse Tarayya. 

Si chacun de nous fait le peu qu'il peut avec conviction et responsabilité, je vous assure que l'on fera énormément

Entretien avec Idrissa Waziri, président de la section France du PNDS

Au Niger, le temps de la campagne est semble t-il venu et le président Mahamadou Issoufou prépare la relève. En effet, comme le prévoit la constitution, le président Issoufou ne se représentera pas en 2021. Pas de troisième mandat mais un nouveau dauphin désigné, l'actuel ministre de l'intérieur Mohamed Bazoum. Quels sont les rapports de forces politiques dans le pays et les défis à relever ? Éléments de réponse avec Idrissa Waziri, président de la section France du PNDS et porte-parole de l'Organisation de la jeunesse Tarayya. 

54 ÉTATS : En quoi consiste votre activité en temps que président de la section du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS) et porte-parole de la jeunesse de ce parti ?

Idrissa Waziri : D'abord comme président de la section France de notre parti, le PNDS, mes camarades et moi, nous avons la mission de préserver la position de 1er parti nigérien en France. Cela passe évidemment par l'implantation de notre parti en France et soyons réaliste, notre parti ne compte pas sur notre section pour influencer de manière conséquente le vote. Nous, la section France, pouvons constituer un vivier de compétences nécessaires dans la mise en oeuvre du programme du PNDS Tarayya d'une part mais aussi du développement économique et social de notre pays. 

Comme secrétaire à la communication et porte-parole de la jeunesse de notre parti, ma mission consiste à communiquer et informer autour des valeurs du PNDS qui s'exportent bien au-delà des frontières de notre pays.

Je dois représenter en tout temps, en tout lieu, en toutes circonstances nos valeurs et convictions profondes qui tendent à améliorer le Niger.

Le PNDS est un parti socialiste

Nous voulons l'égalité et que tous les nigériens puissent s'épanouir dans un pays qui a une trajectoire de développement. Ce sont ces valeurs initiées depuis la création de notre parti. 

54 ÉTATS : Un parti né il y a 28 ans.

Idrissa Waziri : Oui à peu près. Les partis au Niger, ont vu le jour en faveur du multi-partisme après la conférence nationale souveraine dans les années 90. 

54 ÉTATS : Le PNDS au pouvoir, a choisi, non sans difficulté et deux ans avant l'échéance, Mohamed Bazoum, actuel ministre de l'intérieur pour le représenter lors des prochaines élections présidentielles dont le 1er tour aura lieu en décembre 2020. Pourtant, il est issu d'une ethnie minoritaire, les Oulad Souleymane ; est-ce que c'est une donnée qui peut-être un frein à son élection ?

Idrissa Waziri : Avant de répondre à votre question, il faut saluer l'homme d'État, Mahamadou Issoufou qui est resté fidèle à sa personne, profondément démocrate et attaché à l'honneur et à la parole donnée.

Mahamadou Issoufou

 

En Afrique, lorsqu'un chef d'État ne triture pas les textes pour se maintenir au pouvoir, ce n'est pas rien, c'est tout un symbole. Par ce fait là, le président Issoufou engage son pays dans la voix démocratique.

54 ÉTATS : Étant donné qu'il ne se représentera pas en 2021.

Idrissa Waziri : Il faut déjà saluer cela. L'autre fait et vous le dites, notre parti a désigné Mohamed Bazoum au congrès du 31 mars dernier comme notre candidat suivant l'agenda que vous connaissez. C'est lui qui a été choisi et c'est lui qui représentera notre parti. Est-ce que le fait qu'il soit issu d'une ethnie minoritaire peut poser problème ? Je dirai non. Il est vrai que parfois en Afrique, on est confronté à ce genre de sujet mais le Niger est une exception.

Mohamed Bazoum

En 1990, grâce à l'avènement de la démocratie, après la conférence nationale souveraine, des partis se créent pour occuper ce qui était alors désert. Beaucoup de partis ont tiré sur la corde sensible de l'ethnie, de la tribu. Presque 30 ans après, on se rend compte que ces partis n'existent plus. Seul le PNDS qui a fait le choix des valeurs sociétales reste fortement implanté dans notre pays.

Mohamed Bazoum est profondément ancré dans les valeurs de son pays. Il a été plusieurs fois ministre. Ministre des Affaires étrangères, ministre de l'intérieur, il a aujourd'hui l'expérience quasi complète que nous lui connaissons.

54 ÉTATS : En cas de victoire au prochain scrutin, Mohamed Bazoum deviendrait le premier Nigérien d'origine arabe porté à la tête de ce pays. 

Idrissa Waziri : Vous savez, je n'accorde pas d'importance au facteur ethnique. 

54 ÉTATS : Le facteur ethnique n'a pas de pregnance sur les opinions ?

Idrissa Waziri : Le PNDS a toujours combattu les contre-valeurs. Dans le programme de la Renaissance, il y a un volet qui s'appelle : la renaissance culturelle qui justement promet trois modernisations : sociale, économique, politique. L'objectif du volet "modernisation sociale" est de tribaliser notre peuple. C'est à dire que l'ethnie, la tribu, les conditions de naissance, ne doivent pas être des facteurs déterminants dans le choix des hommes.

Nous devons donner la chance aux personnalités qui ont la vision pour notre pays, qui vont développer notre pays. 

54 ÉTATS : Est-ce qui fait que Mohamed Bazoum d'après le PNDS a le plus de légitimité ?

Idrissa Waziri : Mohamed Bazoum a cette légitimité. Mohamed Bazoum a succédé en 2013 au président Mahamadou Issoufou. C'est lui qui est allé à la découverte du Niger, dans les villages profonds, dans les hameaux du Niger pour y implanter nos valeurs. Tout cela nous a permi, à l'élection de 2016, de gagner avec un score considérable. 

54 ÉTATS : En quoi le bilan de Mohamed Bazoum rappelons-le, actuel ministre d'État chargé de l'intérieur, de la sécurité publique, de la décentralisation et des affaires coutumières et religieuses est-il positif ?

Idrissa Waziri : Il n'y a pas d'un côté le bilan de Mohamed Bazoum comme ministre de l'Intérieur et par ailleurs, un autre bilan. Il y a le bilan de la "Renaissance" que vous connaissez tous.

Le président Issoufou qui est élu sous la bannière du PNDS Tarayya a réellement transformé le pays. Son bilan est excellent. Nous avons métamorphosé le Niger sur le plan de la santé et des infrastructures.

54 ÉTATS : Quels sont les points à améliorer pour que le Niger progresse sur le plan des droits de l'homme ?

Idrissa Waziri : Les organes internationaux saluent les efforts du Niger. La question des droits de l'Homme est en lien avec la question de la liberté d'expression. Aujourd'hui au Niger, la liberté d'expression est totalement acquise, les journalistes dans l'exercice de leur métier ne risquent pas grand chose.

Nous avons dépénalisé le délit de presse

La déclaration de la Montagne de la Table que nous avons signé prouve que le président Issoufou a voulu que les journalistes soient libres dans leur travail. La démocratie pour qu'elle s'enracine, a besoin d'une presse libre. C'était un pari pour le PNDS. Malheureusement, au Niger, beaucoup de journalistes n'ont pas joué ce jeu là. Ils n'ont pas cherché à étudier, à se professionaliser pour trouver leur place dans une démocratie qui laisse à donner les gages d'une liberté d'expression.

54 ÉTATS : Le Niger est un pays à la population jeune. Sur 18,8 millions d'habitants, les moins de 15 ans représentent les 3/4 de la population. Les challenges sont nombreux pour les jeunes : éducation non poussée, mariage trop jeune, difficultés à trouver un emploi. Quelles sont les actions du PNDS en faveur de la jeunesse ?

Idrissa Waziri : J'ai une anecdote à vous raconter. Un jour, nous sommes allés à la rencontre de l'un des responsable de notre pays et parmi les questions posées, il y avait celle-là : "pourquoi on ne met pas des quotas pour les jeunes ?"

Le responsable a répondu : "parler des quotas, ce n'est pas aider les jeunes". Il y a des jeunes dans mon pays qui font des choses magnifiques en créant des entreprises, en s'engagant dans des structures politiques, d'autres qui sont en train d'apprendre. C'est mon cas, je suis en train d'apprendre pour continuer demain, à écrire la belle histoire de notre parti, de notre pays. 

L'État n'a pas vocation à donner des emplois à tout le monde. L'État crée le cadre pour que chacun puisse s'épanouir et s'exprimer.

https://youtu.be/O4gHMKxpCm0

54 ÉTATS : L'opposition est très critique vis-à-vis des actions du président. On se souvient de la grogne de l'opposition due au projet de loi de finances qui prévoyait la création et l'augmentation de nouvelles taxes pour répondre aux attentes du FMI et plus récemment, samedi 28 septembre, à Niamey, après un appel lancé par l'opposition contre le code électoral et le gouvernement, près de 2000 personnes ont manifesté.

Manifestation Niamey

Idrissa Waziri : Dans une démocratie, les citoyens ont le droit de manifester. En 2016, en France, une certaine presse a été très injuste vis-à-vis de la situation du Niger. On présentait de manière déformée la situation alors que ce n'était qu'une affaire de droit commun. Une situation similaire se passe actuellement en Tunisie avec un candidat en prison. Nous avons au Niger, une opposition qui a totalement le droit de s'exprimer et de conquérir le pouvoir. 

54 ÉTATS : L'opposant principal et ancien Premier ministre nigérien Hama Hamadou n'est pas à Niamey, il est à Cotonou, au Bénin.

Hama Amadou (au centre) lors d’une manifestation de l’opposition et l’ancien premier ministre Seini Oumarou lors d’une marche de l’opposition à Niamey en juin 2014. BOUREIMA HAMA/AFP

 

Idrissa Waziri : C'est un choix qu'il a fait. Il a le droit de vivre à Niamey ou de quitter Niamey. 

54 ÉTATS : Pourquoi l'opposition refuse de siéger à la Ceni (Commission électorale) et conteste le nouveau code électoral ?

Idrissa Waziri : Nous au Niger, nous avons un cadre qui s'appelle le Conseil national du dialogue politique (CNDP), dans ce cadre là, nous avons toujours eut un débat qui permet la discussion entre les partis de l'opposition et le parti de la majorité pour porter des amendements, sur le code électoral, pour affronter les échéances à venir dans un climat de sérénité. L'opposition ne participe pas à ces travaux là. Ils remettent en cause le nouveau code électoral. Ils ont demandé à siéger en plus grand nombre au niveau de la Ceni et j'en passe.

Vous savez, le PNDS a 5 représentants et 2 non-affiliés. La "renaissance" du Niger repose sur cette modernisation politique et asseoit des institutions fortes.

Cette opposition n'est pas prête à jouer véritablement son rôle. Nous avons permis au président Tanja de gouverner pendant 10 ans de manière apaisée, nous avons dit les choses pour lesquelles nous n'étions pas d'accord, toujours dans un climat calme sans appeler à une destitution de "X" ou de "Y".  Nous avons eut un comportement responsable. C'est ce comportement que l'opposition doit avoir aujourd'hui. Faute d'avoir entretenu une dynamique constructive avec le peuple, l'opposition se rend compte qu'elle est attendue au moment des élections et qu'elle risque d'être sanctionnée. Ce bruit de l'opposition n'est pas justifié !

54 ÉTATS : Vous dites que ce boycott de la Ceni par l'opposition n'est pas justifié.

Idrissa Waziri : En 2015, au Burkina Faso, vous avez vu lorsqu'un putsch tentait de remettre en question les pouvoirs en place, ceux de la transition, le président Mahamadou Issoufou a été de ceux qui ont été fermes et a demandé à ce que la démocratie soit respectée. Nous ne pouvons pas prôner la vertue chez les autres et ne pas l'appliquer chez nous. Le président Mahamadou Issoufou est un démocrate dans l'âme. Le développement de l'Afrique passe par l'installation d'institutions fortes. Dans ces institutions, il y a l'opposition naturellement qui doit jouer son rôle. Une chose est d'occuper le terrain en allant vers le peuple pour construire un programme de société et lorsque malheureusement, l'opposition constate que nous avons cette adhésion du peuple et que nous avons fait des choses merveilleuses à Niamey, comme l'augmentation des salaires qui étaient en 2010 de 103 milliards de FCFA et qui sont aujourd'hui de 278 milliards de FCFA. 

Nous avons engagé le programme : "Les Nigériens nourissent les Nigériens" qui alloue près de 1000 milliards de FCFA pour développer les cultures pluviales. Nous avons construit des hôpitaux de référence. Voilà la différence ! Voilà notre bilan. Sur le plan sécuritaire, nous avons également agi.

54 ÉTATS : Justement, parlons-en du plan sécuritaire. Au Niger, la principale menace réside dans une situation sécuritaire très dégradée, pris en étau par les groupes terroristes de la région. Boko Haram au sud-est, Daesh, Al-Qaïda au Nord-Ouest qui trouvent au Niger un terreau fertile de recrutement à cause de la pauvreté et du manque de perspectives. Que préconise le PNDS ?

Idrissa Waziri : Le Niger a vu le premier venir cette crise après la chute du Colonnel Kadhafi. Le président Issoufou parlait de "service après-vente" pour dire aux puissances étrangères qui sont intervenues en Libye : "attention, vous risquez de destabiliser la zone Sahel". Très tôt le président Mahamadou Issoufou a fait le choix d'afficher énormément de ressources sur la sécurité. Dans le sahel, le Niger a une situation qui est enviable par rapport à d'autres pays comme la Mauritanie, le Mali, le Nigeria, et le Burkina-Faso. 

54 ÉTATS : Il me semble que les opposants ont demandé un audit sur les fonds alloués à la sécurité. 

Idrissa Waziri : La sécurité nous coûte 20% de notre budget mais la sécurité n'a pas de prix !

La sécurité nous coûte 20% de notre budget mais la sécurité n'a pas de prix !

Evidemment, nous aurions préféré allouer ce budget à la santé ou encore à l'éducation. Vous avez parlé de la pauvreté et c'est vrai, il y a un lien à établir entre la pauvreté et le problème de développement puisque le terreau du terrorisme, c'est la pauvreté. La présence du président Issoufoou au G5 Sahel a été consacrée à cela. Le président Issoufou dit qu'il faut s'organiser pour lutter contre la pauvreté, mutualiser les moyens et relier le développement à la sécurité.

54 ÉTATS : Non, c'est certain que la sécurité n'a pas de prix mais ce qui est aussi certain c'est que la situation est loin d'être idyllique au Niger.

Idrissa Waziri : En attendant, nous avons un taux de croissance qui est de 6%.

54 ÉTATS : Pour terminer et mieux vous connaître, quelle est la citation qui vous définit le mieux ?

Idrissa Waziri : C'est une citation de l'essayiste, romancier, agriculteur, conférencier et écologiste algérien Pierre Rabhi :

Si chacun de nous fait le peu qu'il peut avec conviction et responsabilité, je vous assure que l'on fera énormément

 

 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction