Le Nigéria poursuit sa croissance démographique exponentielle. Ayant passé le cap de 200 millions d’habitants, le pays constituera la troisième démographie mondiale en 2050. Une étude de l’Institut pour la Conquête des Marchés  a réalisé une radioscopie complète du Nigeria à destination des sociétés et des investisseurs. Focus.

Etude de l’Institut pour la Conquête des Marchés

Economie : le Nigeria, un colosse aux pieds d’argile

Le Nigéria poursuit sa croissance démographique exponentielle. Ayant passé le cap de 200 millions d’habitants, le pays constituera la troisième démographie mondiale en 2050. Une étude de l’Institut pour la Conquête des Marchés  a réalisé une radioscopie complète du Nigeria à destination des sociétés et des investisseurs. Focus.

L’Etat du Nigéria : les défis, les risques et l’environnement des affaires pour les investisseurs 

Le pays affiche un nombre considérable de grandes fortunes constituées pour la grande majorité en dehors du secteur Oil & Gas. Confronté à une gouvernance politique toujours faible, le Nigéria accuse un retard particulièrement critique dans le développement des infrastructures de transports, d’énergie et des services de soutien à la population. 170 millions de Nigérian se battent quotidiennement pour gagner 2 dollars par jour à travers une économie informelle faite de subsistance agricole et de micro-trading.

La facture béante, à la fois religieuse, ethnique et économique entre le Nord et le Sud du pays s’amplifie.

L’étude de l’ICDM sur l’état du Nigeria constitue une radioscopie complète du pays : politique, géopolitique, sociale et économique. 23 dirigeants de sociétés majoritairement étrangères implantées dans le pays, apportent leur vision de l’état du pays des risques et de son évolution. Au-delà des descriptions et nombreuses données, l’étude (132 – 14 cartographies) met en perspectives des interrogations, et des scénarios d’évolution pour le moyen terme.

Chiffres clés & données générales :

  • Population 200 millions d’habitants – 300 millions en 2030, 420 millions en 2050
  • PIB 2018 :  397 Md US $ 
  • Première économie du continent africain
  • Lagos, première métropole d’Afrique – 16 millions d’habitants
  • Le PIB de Lagos est supérieur au pays du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Togo réunis ?
  • Le PIB de l’état de Lagos est supérieur au PIB du Maroc
  • Une population très jeune (âge médian : 18 ans)
  • Un pays qui allie un potentiel considérable à des handicaps structurels critiques
  • Un contexte de reprise économique, après quelques années de crise
  • Un excellent niveau d’éducation générale des élites économiques
  • Un pays qui a subi le choc de la chute des cours du pétrole mais dont les activités économiques se sont beaucoup diversifiées vers les services (télécoms, cinéma, retail, numérique), qui dépassent la moitié du PIB.
  • Un déficit critique d’infrastructures (transport, énergie, santé, éducation)
  • Une accumulation de richesse considérable des élites économiques
  • Un milliardaire sur trois en Afrique sub-saharienne est nigérian. 198 multimillionnaires disposent d’une fortune supérieure à 30 millions de $. Plus de 26 200 millionnaires.
  • Une classe moyenne de 30 millions de personnes aux standards de consommation évolués
  • Le troisième pôle mondial de production de films
  • Une vitalité entrepreneuriale avec peu d’équivalent sur le continent africain
  • Un niveau d’éducation élevé des élites.
  • Un niveau de développement humain moyen parmi les plus faibles du monde
  • Une démographie et une corruption à grande échelle qui obèrent fortement le taux de croissance
  • Un pays très fracturé entre le Nord et le Sud
  • Un environnement sécuritaire défavorable très différencié selon les territoires, mais jugé maitrisable par les sociétés étrangères.

Cadre général

Le Nigeria est sans aucun doute à l’échelle du continent africain le pays de tous les records. Ceux-ci fascinent autant qu’ils inquiètent, car ils recèlent un potentiel aussi bien dynamisant que déstabilisateur pour l’Afrique subsaharienne. Le Nigeria est un pays difficile à analyser et caractériser. On trouve au Nigeria tous les éléments de la diversité et de la complexité de l’Afrique.

Les évolutions qui surviennent au Nigeria font sentir leurs secousses en raison de l’immense gisement démographique, économique, culturel et social dans lequel puise le pays.

En raison de sa jeunesse (la moitié des Nigérians ont moins de 18 ans), et de la fécondité moyenne de ses femmes, qui dépasse encore 5 enfants, le pays, déjà le plus peuplé du continent avec ses 200 millions d’habitants, devrait voir sa population doubler d’ici à 2050 pour dépasser les 400 millions d’âmes, en devenant alors la troisième démographie du monde derrière l’Inde et la Chine.

Cette dynamique démographique unique parmi les grands pays émergents devrait entraîner sur le long terme la croissance du produit intérieur brut (PIB) du pays, qui s’est imposé depuis 2012 comme la première économie africaine. Un statut qui devrait se confirmer au cours des décennies à venir.

En attendant que la vision d’un pays émergé, moderne et à la croissance équilibrée se réalise, le chemin à parcourir est encore long. En effet, le pays produit autant d’électricité qu’une Biélorussie vingt fois moins peuplée.

Etant notamment le premier producteur de pétrole du continent, le Nigeria constitue la plus importante économie du continent africain. Son économie toise celles de nations avancées comme les Pays-Bas ou l’Australie. Un géant africain qui dispose de nombreux atouts pour devenir la locomotive du continent, mais qui est en proie à des blocages majeurs qui freinent le développement économique et social de sa population. En dépit de son potentiel économique très important, le pays fait face à des défis considérables sur le plan des enjeux socio-économiques, de la sureté et de la gouvernance politique.

Le Nigeria, géant oublié du continent, pays de tous les superlatifs régionaux, représente un condensé des défis d’une Afrique qui cherche son chemin au sein de la mondialisation.

Le poids démographique et économique du Nigeria en fait indéniablement une puissance en devenir. Ce pays tente de s’imposer comme un acteur incontournable sur la scène africaine et internationale. Pour autant, le 29 juin 2019, alors que Muhammadu Buhari, président récemment réélu du Nigeria, inaugurait à Abuja la 55esession ordinaire de la CEDEAO, Cyril Ramaphosa, président de l’Afrique du Sud, posait à Osaka pour la « photo de famille » en clôture du 14e sommet du G20. Parmi les 38 invités, il était le seul dirigeant africain convié en qualité de chef d’État pour porter la voix de son pays. Plus que symbolique, cette image est révélatrice de la situation diplomatique du continent : l’Afrique du Sud, héritière des luttes anti-apartheid, apparaît comme le seul État au sud du Sahara véritablement adoubé par la communauté internationale. Les quarante-huit autres nations souveraines du sous-continent africain ayant peu voix au chapitre dès qu’il est question de l’ordre du monde.

Le Nigéria est la nation africaine dont la diaspora installée aux États-Unis est la plus nombreuse. Il est également le troisième exportateur mondial de productions cinématographiques après les Etats-Unis et l’Inde.

Avec un tiers des milliardaires d’Afrique sub-saharienne, 119 multimillionnaires, et plus de 26 000 millionnaires, le pays affiche une richesse considérable, disponible pour la consommation et les partenariats de Co-investissements.

Si le produit intérieur brut du Nigeria se situe au 26e rang mondial en valeur absolue, il en va tout autrement lorsqu'on le rapporte à sa population. Par tête d'habitant, il tombe alors au 132e rang mondial, un niveau inférieur à celui du Soudan. Le contraste met en lumière les défis qui attendent un géant dont la poussée démographique hors de contrôle, ajoutée au détournement des fonds publics à tous les niveaux du système, absorbe tristement la majeure partie de la croissance économique.

Lagos

Si Lagos, plus grande ville d’Afrique subsaharienne, aspire à la condition de métropole mondiale, elle n’est encore qu’une lumière intermittente au sein d’un territoire d’archipels d’où se détachent dans le Nord des insurrections djihadistes à répétition, dans le delta du Niger une course violente à l’or noir, dans le centre, les conflits agropastoraux meurtriers, sans compter les gangs de kidnappeurs.

Les Nigérians dotés d’une énergie exceptionnelle, savent mettre en scène un maelstrom de tensions et d’énergie avec dérision et recul à la fois, dans l’engagement créatif du cinéma de Nollywood aujourd’hui. La société nigériane a fait de la résilience une nécessité vitale, prête à saisir les opportunités malgré une absence de vision structurée de la part des dirigeants politiques.

Il ressort que nombre des atouts du pays demeurent dans le domaine de l’hypothétique. La population, dont l’essor est loin d’être maîtrisé, avec une fécondité moyenne dépassant les cinq enfants par femme, fait figure de frein bien plus que de levier de croissance économique. La diversité culturelle, ethnique et religieuse, porte en elle bien des tensions et fractures. Qu’il s’agisse des djihadistes de Boko Haram, des sécessionnistes Ibo, des éleveurs Peuls de la Middle Belt ou encore des pirates du delta du Niger, de nombreux segments de la population nigériane se sentent délaissés par les autorités centrales d’Abuja.

La politique de la capitale Abuja qui consiste depuis longtemps à diviser le pays en trente-six États fédérés afin de faire pièce aux revendications hégémoniques des trois grandes communautés Yoruba, Ibo et Haoussa-peule atteint ses limites.

La fracture entre le Nord et le Sud du pays demeure abyssale. Les régions septentrionales vivent un décrochage économique et social préoccupant, legs de décennies de sous-investissement dans les secteurs de l’éducation et de la santé. S’ils étaient indépendants, ces territoires seraient des pays frappés des indicateurs socio-économiques les plus bas du monde, aux côtés du Niger ou de la Somalie. A côté d’une population urbaine à 50 %, la grande majorité des populations rurales continuent de vivre sans électricité ni eau courante.

Ces divisions ne rendent que plus patentes des décennies d’incurie étatique, avec des autorités dans l’incapacité de faire émerger une véritable planification politique stratégique, comme celle qui a permis à la Corée ou à la Chine de devenir les puissances économiques qu’elles sont aujourd’hui.

C’est à travers des investissements dans les infrastructures, l’éducation ou encore la santé que sont jetés les piliers du développement d’un État. Au lieu de cela, le Nigeria en est encore réduit, plus d’un demi-siècle après son émancipation de la tutelle coloniale britannique, à tenter de recouvrer les fortunes amassées par ses anciens généraux-présidents.

Les gratte-ciels scintillants de la lagune de Lagos, finiraient par faire oublier que le pays est encore rural et agricole, avec une population qui continue de vivre majoritairement dans l’extrême pauvreté, avec un taux d’alphabétisation et des conditions d’hygiène qui ont reculé en un quart de siècle.

Réduire la fracture territoriale constitue un impératif pour le pouvoir politique si le pays veut éviter de sombrer dans des cycles de violence chronique, que l’on entrevoit déjà avec le phénomène Boko Haram et les conflits entre éleveurs et agriculteurs dans la Middle Belt.

Pour ce faire, les autorités fédérales disposent d’une manne unique : la rente pétrolière qui alimente les coffres publics depuis la fin des années 1950. Le Nigeria n’est certes ni la Norvège ni les Émirats Arabes Unis, mais la mise en place de financements exceptionnels à destination de secteurs et de régions prioritaires (États du Nord, réseau d’électricité, enseignement supérieur) pourrait permettre au pays d’attirer les investissements directs étrangers bien au-delà des activités extractives et de se libérer de la trappe à pauvreté dans laquelle le pays est englué depuis plusieurs décennies.

Malgré les hypothèses et incertitudes quant au scénario d’évolution du pays à moyen ou long terme, les opportunités économiques du Nigéria sont jugées très importantes pour les investisseurs. En dépit des passifs du pays, les dirigeants des sociétés étrangères qui on investit au Nigéria considèrent dans leur très grande majorité que le risque sécuritaire est jugé maitrisable, pour un peu que la nature des risques soit bien segmentée et appréhendée selon les territoires du pays.

Méthodologie : 

L’étude sur le Nigéria a été réalisée en coopération avec le LEPAC, Laboratoire d’Etudes prospectives et cartographiques, spécialisé sur les études géo-économiques, ainsi qu’avec TAC Economics, groupe d’experts spécialisé dans la modélisation du coût du risque pays dans les projets. 23 dirigeants de groupes étrangers implantés au Nigéria ont été interviewés pour apporter leur vision de l’état du pays et de l’environnement des affaires.

Extraits de l’étude consultables sur : www.icdm-countryreports.com 

Rédaction
Journaliste