Rencontre avec Amadou dit Diadié Sankaré, Président fraîchement élu du Conseil National du Patronat du Mali (CNPM), un renouvellement du bureau du patronat du Mali contesté par le président sortant, Mamadou Sinsy Coulibaly qui réclame une nouvelle élection. Qui que soit le président, ce changement à la tête du patronat intervient dans un contexte économique difficile, marqué par la pandémie liée à la Covid-19, et par une période de transition politique que nul n’aurait pu imaginer.

"Mon élection est tout simplement indiscutable, je suis aujourd'hui le patron des patrons"

Diadié SANKARÉ, CONSEIL NATIONAL DU PATRONAT DU MALI

Rencontre avec Amadou dit Diadié Sankaré, président fraîchement élu du Conseil National du Patronat du Mali (CNPM), un renouvellement du bureau du patronat du Mali contesté par le président sortant, Mamadou Sinsy Coulibaly qui réclame une nouvelle élection. Ce changement à la tête du patronat intervient dans un contexte économique difficile, marqué par la pandémie liée à la Covid-19, et par une période de transition politique que nul n’aurait pu imaginer.

MALI CNPM

54 ÉTATS : À l’heure de cette interview, votre prédécesseur, Mamadou Sinsy Coulibaly ne décolère pas. Et pour cause, il considère qu’il y a eu des irrégularités et avance que l’élection générale du 26 septembre a été annulée car votre liste était incomplète, suite au désistement de certains membres qui affirment ne pas avoir été consultés et qui par conséquent, ont signifié leur désaccord. Monsieur Sankaré, dans quelles conditions ces élections se sont-elles passées ?

Diadié SANKARÉ : Je vous confirme que ces élections se sont déroulées dans des conditions normales. Après une assemblée élective convoquée par le bureau du CNPM qui s'est réuni le 3 juillet et qui a établi un calendrier, dont la dernière étape était la réunion du 26 septembre.

Tout s'est passé dans de très bonnes conditions. Nous sommes arrivés le matin, à 9h00, devant le siège du CNPM. Notre surprise a été de trouver les bureaux fermés. L'immeuble était cadenassé, comme je l'ai dit lors de mon passage à la télévision nationale. Sur 155 délégués inscrits, il y a eu 107 suffrages exprimés (sur un quorum de 104), dont 17 bulletins blancs. Par la suite, j'ai remporté le vote avec 89 voix contre 1 voix pour Mamadou Sinsy coulibaly. Avec les 2/3 des délégués présents, nous avons décidé de faire l'élection conformément aux statuts du CNPM.

S'il plaît à Dieu, je serai installé à la fin du mandat de ce bureau, dès le 10 octobre

Mon élection est tout simplement indiscutable ! Je suis aujourd'hui le patron des patrons.

54 ÉTATS : Pourquoi le camp de Mamadou Sinsy Coulibaly affirme que le Comité statutaire n’a aucune qualité pour organiser des élections ?

Diadié SANKARÉ : Qui a qualité alors ? On se pose la question. Le bureau n'a pas qualité, le comité statutaire n'a pas qualité, alors c'est une seule personne qui a qualité ? On se pose des questions. Une personne, c'est un ensemble. Le président tient les bureaux et les statuts, le règlement intérieur permettent de gérer le fonctionnement.

54 ÉTATS : Le bureau du CNPM a t-il tenté une négociation ?

Diadié SANKARÉ : Il y a eu des négociations tenté avant même la date des élections. Nous avons même tenté une médiation lors de la réunion du mardi passé. Cela n'a pas abouti.

54 ÉTATS : Et, pour clore aux débats de vos détracteurs qui avancent que vous auriez-été mal élu, seriez-vous favorable à ce qu’une autre élection soit organisée selon les conditions statutaires d’ici au 10 octobre ?

Diadié SANKARÉ : Je suis élu par les délégués donc je pense que je suis bien élu.

54 ÉTATS : Votre réponse est non ?

Dadié SANKARÉ : Absolument. C'est non.

54 ÉTATS : Avec ce tournant politique inédit, et cet embargo qui vient tout juste d'être levé mais qui a affecté le commerce et les échanges financiers, les Maliens sont déboussolés. Le Mali peut-il relever la tête ?

Dadié SANKARÉ : Absolument. Vous savez, le Mali est un peuple résilient. On va relever la tête très rapidement. Cela fait 30 ans que le Mali traverse des crises. En dépit de cela, les indicateurs économiques sont bons. Ce qu'il nous manque, c'est un véritable leadership.

Je crois réellement au Mali. Je crois à nos potentialités. Je crois à l'avenir du Mali.

Le Mali est un peuple résilient

54 ÉTATS : Quel sera votre plan de relance économique pour le secteur privé ?

Dadié SANKARÉ : Le plan de relance économique consiste déjà à relancer le secteur privé. Il faut rassembler le secteur privé pour que nous puissions tous ensemble parler d'une même voix. Il faut aussi faire en sorte qu'entre "secteur privé", nous puissions dialoguer. Nous devons optimiser la chaîne de valeur de ce secteur privé. Il est primordial que les entreprises se connaissent entres elles et réalisent entres elles, un chiffre d'affaire important.

https://youtu.be/3oNR9E2lSTM

54 ÉTATS : Vous annoncez 5 chantiers prioritaires autour des mots : rassembler, moderniser, intégrer, partager. Pouvez-vous développer ?

Dadié SANKARÉ : J'entends par moderniser, optimiser le "business model".

Le CNPM peut mener cette réflection pour permettre aux opérateurs économiques maliens de s'adapter aux nouvelles technologies. Pour moi, la modernisation passe par là.

Il est également essentiel de moderniser nos matières premières locales afin de cesser de les exporter brutalement.

La transformation de nos matières premières doit se faire depuis le Mali. Construisons des abatoirs modernes par exemple.

Il y a beaucoup de choses que l'on peut faire au Mali, au lieu d'être toujours dépendant de la Côte d'Ivoire et du Sénégal

Il y a beaucoup de choses que l'on peut faire au Mali, au lieu d'être toujours dépendant de la Côte d'Ivoire et du Sénégal. Il faut aussi que ces pays de la sous-région soient nos clients.

54 ÉTATS : Tirer parti de la mondialisation, des nouvelles technologies et de la révolution numérique, est-ce dans vos plans Monsieur Sankaré ?

Dadié SANKARÉ : L'Afrique aujourd'hui fait partie des continents les plus connectés. Même les maliens issus de la classe sociale la plus défavorisée possèdent un smartphone.

Cet outil est déjà un pas vers l'identification, un pas vers la data. C'est un mine d'or pour tellement de projets à bâtir autour du numérique. C'est l'ère du "mobile first".

54 ÉTATS : Que pensez-vous du changement politique actuel, de cette période de transition ? Savez-vous si le Premier ministre mettra l’entreprise au cœur de son programme économique ?

Dadié SANKARÉ : La refondation politique passera par la refondation économique.

54 ÉTATS : Qu'est-ce que le secteur privé peut apporter à cette refondation ?

Un État fort ne peut se passer d'un secteur privé fort !

54 ÉTATS : Vous êtes-vous entretenu avec le Premier ministre de transition, Moctar Ouane ?

Dadié SANKARÉ : Pas encore, mais c'est au programme.

54 ÉTATS : Êtes-vous conscient qu’il est difficile d’être jeune entrepreneur au Mali ?

Dadié SANKARÉ : Bien sûr. J'en suis conscient. La jeunesse urbaine, la jeunesse rurale, la diaspora malienne, "les repats" qui retournent au Mali tant ils sont convaincus de ses potentialités.

54 ÉTATS : Beaucoup de jeunes se battent pour briller dans l’entreprenariat sur le marché du travail et cela, sans aide publique. Et pour les "repats, il y a tant de défis : culturel, structurel, administratif, et financier.

54 ÉTATS : On vous surnomme le « Serial entrepreneur ». En effet, vous possédez une trentaine d’entreprises opérant dans plusieurs pays de la sous-région ouest africaine notamment dans le secteur RH, la finance, les mines, la sécurité, l’agro-industrie et j’en passe et vous représentez plusieurs sociétés internationales comme SNC Lavallin, Razel, Bouyues, Hydro GEO Canada. Avec des journées de 24h00, comment arrivez-vous à gérer votre temps ?

Dadié SANKARÉ : Le secret du bon manager ? Il délègue. Il prépare son remplacement. Je ne vois que les résultats de ces sociétés. Je ne suis pas l'acteur de tout cela. Je prépare les générations d'après.

54 ÉTATS : Vous aurez donc le temps de vous investir pleinement pour le patronat ?

Dadié SANKARÉ : Tout à fait. J'ai décidé de consacrer davantage de temps à l'environnement macro-économique.

 

 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction