Ingénieur agronome, Benoît Jobbe-Duval a travaillé pendant quinze ans dans le monde de la recherche et du développement en milieu tropical, au Cambodge, au Guatemala, au Mexique et surtout en Afrique, avec huit années passées entre le Gabon et la Côte d’Ivoire. Il a rejoint l’Association technique Internationale des Bois Tropicaux (ATIBT) début 2016 et accepte de nous en parler.

La filière des bois tropicaux : de la forêt jusqu'aux marchés mondiaux

Développement durable : entretien avec Benoît Jobbe-Duval, directeur général ATIBT

Ingénieur agronome, Benoît Jobbe-Duval a travaillé pendant quinze ans dans le monde de la recherche et du développement en milieu tropical, au Cambodge, au Guatemala, au Mexique et surtout en Afrique, avec huit années passées entre le Gabon et la Côte d’Ivoire. Il a rejoint l’Association technique Internationale des Bois Tropicaux (ATIBT) début 2016 et accepte de nous en parler.

54 ÉTATS : Outre une demande de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation de Coopération et de développement économiques (OCDE) ; qu’est-ce qui a généré la création de l’Association technique Internationale des Bois Tropicaux (ATIBT) et quelle est sa vocation ?

Benoît Jobbe-Duval : L’ATIBT contribue au développement durable et responsable de la filière forêts-bois tropicaux, de la forêt jusqu’aux marchés.

L’Association entend faciliter une coopération efficace et novatrice entre toutes les parties prenantes concernées pour développer et mettre en œuvre la gestion durable et responsable des forêts tropicales, afin d’augmenter leur contribution au développement sur le long terme des économies des pays forestiers.

A ce titre, elle fournit aux acteurs de celle-ci toutes informations, formations, appui technique et scientifique, encourageant les meilleures pratiques dans tous les métiers de la filière, notamment en vue d’assurer la viabilité économique, l’équité sociale et la conservation des écosystèmes forestiers.

L’ATIBT représente en particulier les exploitants et industriels forestiers, essentiellement implantés en Afrique, fournisseurs de produits en bois tropicaux, et tous les autres acteurs de la filière engagés dans la gestion forestière responsable. A ce titre, elle promeut sur les marchés mondiaux les bois tropicaux récoltés selon des pratiques responsables.

L’ATIBT entend contribuer par son action à la protection et à la conservation des forêts tropicales pour les générations à venir, par la promotion des concessions forestières certifiées, gérées durablement, et des réseaux d’aires protégées. L’ATIBT s’inscrit dans le cadre de l’évolution de la demande des marchés, et de leur intérêt pour les produits bois tropicaux légaux et/ou certifiés. Il faut souligner que les membres de l’ATIBT ont mené les premiers efforts collégiaux consacrés à la gestion durable des forêts tropicales. Dès les années 1990, les premières réflexions sur l’aménagement forestier des forêts naturelles en zone tropicales ont débouché sur les premiers plans d’aménagement.

Forêt tropicale

L'ATIBT est ainsi fortement impliquée dans la conception des premiers plans de gestion, à la demande de ses membres. Ainsi, le bassin du Congo devient l'une des premières régions tropicales à mettre en œuvre ces règles de gestion durable, et les pays consacrent au travers de la règlementation forestière la nécessité de mettre en place ces plans de gestion durable. Les premiers documents techniques concernant ces plans de gestion sont encore référencés aujourd'hui.

Il y a maintenant 12-14 ans, les membres de l’ATIBT ont été également pionniers en matière de certification en gestion durable, avec les premiers certificats FSC dans le bassin du Congo.

54 ÉTATS : Qui finance l’ ATIBT ?

Benoît Jobbe-Duval : Les propres membres de l’ATIBT, provenant de différents secteurs, financent l’association.

Ensuite, des bailleurs de fonds comme l’UE, l’AFD, le FFEM, le FAO ou le KFW nous aident à financer des projets qui permettent d’aller plus loin sur des questions de recherche, de visibilité, de promotion de la certification et de la légalité en matière de bois tropical.

54 ÉTATS : Vous êtes l’un des gestionnaires forestiers Fair&Precious de l’ ATIBT qui préservent l’écosystème ; quel type de professionnels de la filière représentez-vous et comment les aiguillez-vous ?

Rougier

Benoît Jobbe-Duval : Les opérateurs certifiés Fair&Precious sont des gestionnaires forestiers implantés dans le Bassin du Congo, adhérents de l'ATIBT et certifiés FSC et/ou PEFC-PAFC.

Ces sociétés gèrent des concessions (UFA = Unité Forestière d’Aménagement) d’une superficie significative, puisqu’entre elles, elles représentent plus de 10% des surfaces en exploitation dans le bassin du Congo. Les sociétés sont installées au Cameroun, au Gabon et en République du Congo, dans des régions souvent reculées. Leurs principales activités sont la transformation (première et seconde) et la vente des produits bois sur les marchés locaux et internationaux. Elles transforment exclusivement les grumes issues des concessions gérées par elles-mêmes et commercialisent plus de 50 essences dans plus de 40 pays.

54 ÉTATS : Pourriez-vous nous parler des opérateurs africains certifiés de la filière : Pallisco-CIFM, Rougier, Precious Wood, CIB-OLAM, Interholco.

Benoît Jobbe-Duval : Concernant Pallisco, cette société gère 7 concessions (UFA = Unité Forestière d’Aménagement) d’une superficie de 388 949 ha. La société CIFM (Centre Industriel et Forestier de Mindourou) est installée au Cameroun dans les régions du Littoral (siège social Bonanjo – Douala) et de l’Est (Mindourou Département du haut-Nyong). Ses principales activités sont la transformation (première et seconde) et la vente des produits bois sur les marchés locaux et internationaux. Elle transforme exclusivement les grumes issues des concessions gérées par PALLISCO et commercialise plus de 25 essences dans un peu plus de 30 pays.

PALLISCO et CIFM sont certifiées OLB (Origine et Légalité des Bois) et FSC (Forest Stewardship Council) par Bureau Veritas Cameroun depuis respectivement 2005 et 2008.

Rougier Gabon emploie environ 1 500 personnes.

En phase avec sa politique volontaire de gestion forestière responsable, le groupe met en place des plans d’aménagement sur la totalité de ses concessions.

Ils répondent à trois niveaux d’engagement : la préservation de l’écosystème et de la biodiversité, le développement social des travailleurs et de leurs familles et le respect des populations locales et des coutumes traditionnelles de la forêt.

Cette démarche est un véritable outil de gestion qui permet que les prélèvements effectués n’affectent pas la capacité de régénération de la forêt.

Le groupe Precious Woods emploie environ 1 270 personnes au Brésil, au Gabon et en Suisse (2016).

L’utilisation de la biomasse provenant des procédés de la transformation du bois permet également à Precious Woods au Brésil de vendre des Certificats de Réduction des Émissions (CER).

Au centre de toutes les activités commerciales, il y a la préoccupation de satisfaire les besoins de nos clients, ce qui représente la force motrice qui est derrière le succès économique de Precious Woods.

Cela est la base des activités socialement et écologiquement durables et donc de la protection des forêts tropicales à long terme.

CIB-OLAM , avec plus de 2 millions d’ha certifiés, est aujourd’hui la plus grande entreprise forestière au monde certifiée en forêt tropicale,  et a rejoint le FSC en 2011 en tant que membre institutionnel de la Chambre économique.

Avec le soutien du groupe OLAM, l'objectif principal de la CIB est de maintenir une gestion forestière éco-certifiée, en travaillant avec des acteurs engagés dans un avenir durable pour les forêts du bassin du Congo.

Interholco gère une concession forestière de 1,16 million d'hectares certifiée FSC en République du Congo, employant plus de 1 000 employés locaux.

L'entreprise est l'un des principaux producteurs de bois tropical africain, et est à ce jour, avec ses collègues du bassin du Congo, l’un des acteurs les plus engagés pour la certification des forêts tropicales. 

Ces 5 entreprises constituent le collectif Fair&Precious qui porte les valeurs de la gestion durable des forêts et le développement de l’achat de bois FSC et PEFC-PAFC.

Biomasse

54 ÉTATS : En quoi votre rôle est-il indispensable pour la préservation des 7% des forêts tropicales sur la planète ? Quels sont vos principaux engagements ?

Benoît Jobbe-Duval : Les activités de l’ATIBT sont très structurées.

Les trois axes stratégiques principaux de l’ATIBT sont :

  • La gestion durable des forêts tropicales,
  • La transformation plus poussée du bois vers davantage de valeur ajoutée,
  • L’amélioration des conditions d’accès aux marchés mondiaux, la promotion et le développement du marché des produits en bois tropicaux légaux et/ou certifiés.

A ces axes historiques viennent aujourd’hui s’ajouter les thématiques liées à la lutte contre la déforestation, et à la mise en place de mécanismes de reforestation dans les régions d’Afrique de l’Ouest ou d’Afrique Centrale menacées au plan de leur couvert forestier.   

Lutte contre la déforestation

 

54 ÉTATS : Comment la filière bois s’adapte aux enjeux environnementaux de notre siècle et à la pandémie du Covid-19 ?

Benoît Jobbe-Duval : Comme cela a été communiqué aux médias récemment, les sociétés forestières membres de l’ATIBT se sont mises en ordre de marche afin de contrer, à leur niveau, le développement du Covid-19 en Afrique. Leurs objectifs : protéger leurs collaborateurs et les populations autochtones, mais aussi poursuivre l’activité d’une filière responsable et essentielle à l’équilibre économique de ces pays, où le bois est un des contributeurs les plus importants au Trésor Public.

Ainsi, les cinq entreprises Fair&Precious basées au Cameroun, au Congo et au Gabon sont à pied d’œuvre pour pérenniser l’écosystème humain, social et économique de régions entières. L’objectif principal est de maintenir leurs activités d’exportations de bois certifiés FSC et PEFC-PAFC.

Leurs programmes d’actions de prévention et de soin sont soutenus par la Banque de Coopération Allemande KFW, au moyen de Fair&Precious, la marque de promotion de la gestion durable des forêts.

Dans ce contexte de crise sanitaire internationale, l’Afrique résiste face à la propagation du Covid-19 et s’organise pour limiter son impact économique dans des pays où la filière bois emploie des milliers de travailleurs qui redoutent de perdre leur moyen de subsistance. Ainsi, cinq entreprises spécialisées dans la production et l’exportation de bois d’Afrique certifiés ont pris l’initiative de mettre en place leurs propres programmes pédagogiques et sanitaires, adaptés aux modes de vie des populations locales Au cœur de ces démarches : un appel à la sensibilisation pour informer, éduquer et protéger les travailleurs et leurs familles dans cette lutte contre la pandémie.

54 ÉTATS : Et le mot de la fin ?

Benoît Jobbe-Duval : Les forêts tropicales sont l’une de nos ressources environnementales les plus précieuses et sont vitales pour la lutte contre le changement climatique.

Nous faisons de leur protection notre priorité, au travers du maintien d’une filière bois qui recherche l’excellence en matière de gestion durable. 

 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction