Suite au dernier atelier animé le 22 février par le Conseil présidentiel pour l'Afrique sur le thème de "l'investissement des diasporas et l’entrepreneuriat en Afrique", six panélistes ont ouvert le débat avec les entrepreneurs, les investisseurs, et autres invités présents pour faire remonter à l'Elysée les espoirs de la diaspora africaine de France. Retour sur les problématiques et les solutions évoquées lors de cette rencontre collective.

Le CPA, les diasporas africaines et l'Elysée

Dernier dialogue entre le Conseil présidentiel pour l'Afrique et la diaspora à l'Assemblée nationale

Suite au dernier atelier animé le 22 février par le Conseil présidentiel pour l'Afrique sur le thème de "l'investissement des diasporas et l’entrepreneuriat en Afrique", six panélistes ont ouvert le débat avec les entrepreneurs, les investisseurs, et autres invités présents pour faire remonter à l'Elysée les espoirs de la diaspora africaine de France. Retour sur les problématiques et les solutions évoquées lors de cette rencontre collective.

Comment effectuer un bref résumé de l'évènement sans revenir sur les faits marquants ? Tout d'abord, le choix de la salle.

Qui a osé offrir au Conseil présidentiel pour l'Afrique (CPA) la salle Colbert pour s'y réunir avec la diaspora africaine de France ? La question a bien été posé par le chorégraphe Bolewa Sabourin à Madame la députée de Seine-Maritime, Sira Sylla qui a organisé cette rencontre mais elle n'était plus présente pour y répondre.

Les applaudissements dans l'hémicycle auront exprimé la désolation de l'assemblée face à un tel affront. Pour ceux qui l'ignorent, Colbert, sur demande de Louis XIV fut l'un des éditeurs de la police des esclaves, Code Noir qui fut promulgué en mars 1685 à Versailles. 

Bolewa Sabourin, chorégraphe et invité du panel qui interpella le CPA sur le choix de la salle Colbert

Les recommandations

Alpha Nury, fondateur de Jamaafunding a recommandé la mise en place de guichets uniques permettant la création d’une entreprise en moins de 72 heures. Des solutions dédiés à tous les profils, à tous les projets. Achille Agbé, fondateur de EIC Corporation, ajoute que les porteurs de projets issus de la diaspora pourraient également bénéficier d’une journée d’éducation juridique et financière inhérente au pays d’Afrique d’implantation choisi et parallèlement, postuler pour obtenir un agrément, ouvrant les droits à des avantages fiscaux tels que l’exonération de TVA ou des tarifs douaniers préférentiels.

Ninon Duval-Farre, Directrice de Bond'Innov, l'incubateur qui soutient l'innovation est consciente de l’attachement culturel et/ou familial qui émane des entrepreneurs issus des pays du Sud et de la volonté qu’ils ont de développer un projet avec leur pays d’origine ; pour autant, elle informe que "le phénomène des repats" n’est pas obligatoire pour réaliser des investissements productifs dans les pays du Sud. 

Suzanne Bellnoun, présidente de la Fondation OFAD et de l'association CLAEE affirme sans gêne représenter les SDF, "sans-définition-fixe". "Les femmes africaines issues de la diaspora n’ont guère besoin de charité mais davantage d’échanges structurants et constructifs et de couveuses pour accueillir leur jeune entreprise" poursuit-elle. Sur le même ton que Ninon Duval-Farre, Suzanne Bellnoun confirme qu’il n’est pas toujours nécessaire de retourner dans le pays d’origine pour entreprendre et que cela peut même générer en très peu de temps de la frustration, un sentiment d’échec, une perte importante des apports financiers et un retour rapide en France. La cause : une mauvaise préparation du projet en amont du lancement. Achille Agbé, que l'on surnomme "le génie ivoirien de la finance" regrette qu' "en France, il n'existe aucun cadre incitatif à l'investissement vers l'Afrique pour la diaspora". 

Des défis culturels pour les "repats"

"Le pays d’origine fantasmé est souvent éloigné de la réalité sociale du quotidien" informe Elie Nkamgueu, fondateur du club Efficience. Il évoque une "double absence" à la fois du pays d'accueil et du pays d'origine. Les codes culturels, la lenteur des pratiques administratives, le système législatif y sont souvent différents. "Il est impossible de développer un pays sans électricité et de demander à la diaspora de rentrer dans ces conditions" réagira un invité de l’assemblée confirmant cette frustration. Un autre de surenchérir : "On est local dans le pays où l’on est implanté. Il est important de définir le terme diaspora !"

Il en ressort une perte de confiance envers l’Agence française de développement. Les entrepreneurs restent frileux à approcher cette institution qui a pour réputation de rejeter systématiquement les dossiers des entrepreneurs issus de la diaspora et de privilégier une certaine élite, qui s’avère être moins dans le besoin d’accompagnement, de solutions de financement et de recherche d’incubateurs. Olivier Kaba, chef des migrations à l'AFD réfute ces accusations et affirme que l'Institution est ouverte et disponible pour acccompagner et aider à la réalisation des projets sérieux. 

La diaspora recherche davantage des soutiens communautaires, en capacité de comprendre leurs problématiques culturelles, juridiques et financières et ainsi, de les accompagner dans leur projet de  "rentrer en Afrique pour faire du business" ou de rester en France pour : développer un projet pour leur pays d’origine, avec un consulting supérieur à 6 mois, et surtout sans ce ressenti lié à leur background, leur origine, et leur genre.

La diaspora précise que l’envie de rentrer au pays provient de la frustration de ne pas pouvoir évoluer socialement en France, d’être toujours perçu comme l’africain qui doit en faire deux fois plus pour convaincre qu’il mérite telle haute fonction, telle rémunération, telle renommée et considération. La diaspora change, se féminise mais n’arrive pas dans son ensemble à briser le plafond de verre, d’où les investissements et à l’instar les replis communautaires.

Un travail de communication s’impose

Pléthores de solutions financières, juridiques, et structurantes, existent tant au niveau institutionnel que privé mais la diaspora l’ignore.

A peine, 10% des invités au panel semblaient connaitre les projets suivants : DIASDEV, Africa Efficience Fund (actif en juin 2019), Bond'Innov, EIC Corporation, Equiteasy, Jamaafunding, OFAD.

Dans l'assemblée, un intervenant réclame que ces organes privées ou publics délivrent une meilleure communication de ces solutions existantes. 
 

Henry Mbuyi
Journaliste correspondant en RDC