Relativement épargné par les premières vagues du Covid-19, le continent africain doit composer avec un variant Delta bien plus offensif…

Sénégal

Covid-19 : l'Afrique en quête de doses

Relativement épargné par les premières vagues du Covid-19, le continent africain doit composer avec un variant Delta bien plus offensif. Des quelques 200.000 morts déclarés aux 500.000 supposés par certaines organisations, les 54 Etats d'Afrique ne disposeraient que d'un nombre infime de doses de vaccin pour protéger ses 1,2 milliard de citoyens. Une situation potentiellement dramatique qui pourrait transformer la terre africaine en berceau de futurs variants meurtriers.

Afrique du Sud, République démocratique du Congo, Érythrée, Kenya, Liberia, Malawi, Namibie, Ouganda, Rwanda, Sénégal ou Tunisie, pour ne citer qu'eux, la troisième vague a tout de l'étincelle qui met le feu aux poudres mais surtout met à mal le prétendu « miracle africain » des premiers temps. Le miracle d'un continent qui peut et ne doit compter que sur sa jeunesse pour éviter le pire. Cruelle désillusion que ce variant Delta et plongée dans une autre réalité qui interpelle : l'Afrique ne posséderait que 10 % des doses de vaccin nécessaires pour protéger sa population.

La question se pose : où sont les doses ? Sur les quelques 3,2 milliards de vaccins administrés à ce jour dans le monde, seul 1% l'ont été parmi les nations les plus pauvres de la planète. Et si près de 30% des Sud-Américains ont connu au moins une dose, ils ne sont pas plus de 2% d'Africains à avoir reçu la piqure salvatrice. Reste pour ces « favorisés » à obtenir la seconde dose dans les bons... délais. Ce qui est loin d'être une évidence.

L'Europe livre la moitié de sa production

Dans le même temps, la moitié des Américains et plus de 40% des Européens accédaient au vaccin, non sans en passer par quelques polémiques dont la pertinence aura échappé à tout ceux convaincus par l'urgence du moment. Comme trop souvent, disons-le sans ménagement, l'Afrique ne s'en sortira pas sans une intervention extérieure. Le partenariat avec le géant pharmaceutique qu'est l'Inde a capoté en même temps que Covax s'est grippé. Ce programme - lancé par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) mi-2020 avec l'objectif de distribuer des millions de doses de vaccins aux pays en difficultés - se voit en effet privé de son principal contributeur depuis de long mois maintenant. Confronté au regain de l'épidémie sur son propre territoire, l'Inde a purement et simplement bloqué les exportations de vaccin. Or, c'est lui qui devait approvisionner le tiers-monde en antidotes. Du coup, l'Afrique est en panne et l'Afrique est malade. Une fois encore.

Les Etats-Unis ? « America fist » a été la règle si longtemps et les frontières restent hermétiquement fermées aux hommes comme aux précieuses doses. Joe Biden a finalement consenti au don de 500 millions de doses pour les pays pauvres. Ils ne manquent pas et pas seulement en Afrique... L'Europe, elle, livre déjà la moitié de sa production. Elle finance également une usine de production de vaccins à Dakar dont la mise en route est attendue au premier semestre 2022. Par solidarité mais pas seulement.

Il est surtout et avant tout question de sécurité sanitaire. Le risque de voir le Covid-19 devenir endémique en Afrique et prendre ses aises sur le continent est bien réel. Avec la crainte fondée de voir le virus muter de nouveau et prendre une forme plus mauvaise encore. De fait, faire l'économie de vacciner l'Afrique ne serait pas simplement un égoïsme abject. Ce serait jouer avec le feu dans un environnement sanitaire qui ne demande qu'à s'embraser.

Herve Pugi
Journaliste