Après le tour de Blé Goudé et de Guillaume Soro, la justice vient de confirmer la radiation de Laurent Gbagbo sur les listes électorales, laissant un boulevard à Alassane Ouattara qui a déposé sa candidature à la présidentielle du 31 octobre, malgré de vives objections constitutionnelles. Tout reste possible jusqu'au 31 août minuit ! Un candidat à la présidentielle pourrait rééquilibrer in-extremis cette élection où tout semble pathétiquement déjà écrit par le clan Ouattara malgré les manifestations politiques de l'opposition et les morts recensés ces derniers jours. Analyse de la situation.

Bis repetita : après Alassane, Ouattara ?

Côte d'Ivoire : une élection présidentielle qui sent déjà le roussi

Après le tour de Blé Goudé et de Guillaume Soro, la justice vient de confirmer la radiation de Laurent Gbagbo sur les listes électorales, laissant un boulevard à Alassane Ouattara qui a déposé sa candidature à la présidentielle du 31 octobre 2020, malgré de vives objections constitutionnelles. Cependant, tout reste possible jusqu'au 31 août minuit. Un candidat à la présidentielle pourrait rééquilibrer in extremis cette élection où tout semble pathétiquement déjà écrit par le clan Ouattara, malgré les manifestations politiques de l'opposition et les morts recensés ces derniers jours. Analyse de la situation.

Depuis la disparition du président Félix Houphouët-Boigny en 1993, la vie politique en Côte d'Ivoire est prise en otage par trois blocs politiques ethno-régionalistes, le PCI, le RDR (RHDP) et le FPI. À la tête de ces partis politiques se trouve un tryptique conduit par trois Hommes d'État qui ont passé leur carrière à se combattre : les anciens présidents Henri-Konan Bédié et Laurent Gbagbo âgés de 86 et 78 ans et le président sortant Alassane Dramane Ouattara (ADO) âgé de 75 ans.

Depuis 2013, l'hégémonie de ces partis politiques est remise en question.

De gauche à droite, Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié, à Abidjan en Côte d’Ivoire le 30 juin 2010. SIA KAMBOU / AFP

 

Sur une population globale de 25 millions d'habitants, 7 millions d'électeurs, dont 80% résidant en zone urbaine connectée voteront le 31 octobre 2020 pour élire le prochain président de la République de Côte d'Ivoire, mais c'est vers une présidentielle sous tension qu'avance ce pays déjà meurtri par une guerre civile il y a dix ans.

La Cédéao en faveur d'une élection présidentielle apaisée et crédible

La Cédéao n’a pas manqué de faire savoir qu’elle est "vivement préoccupée par les évènements violents qui ont eu lieu depuis quelques jours et dont ceux qui se sont déroulés à Bonoua et à Divo dans la journée du 21 août 2020", à l’issue desquels des morts ont été signalés. Pour éviter à ce géant de la sous-région de sombrer à nouveau dans une crise semblable à celle de 2010, la Cédéao exhorte les "acteurs politiques ivoiriens à éviter les violences et à recourir au dialogue et aux voies de droit pour résoudre tous leurs différends".

La Cédéao "les invite à faire preuve de retenue en toutes circonstances et à demander à leurs partisans et sympathisants à faire de même, de manière à favoriser la création d’un environnement propice à une élection présidentielle apaisée et crédible", précise la note émanant de la Commission, qui "réitère son engagement à poursuivre son accompagnement et son soutien au peuple et au gouvernement ivoirien face aux défis qu’ils doivent relever le 31 octobre 2020".

Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo

Gbagbo / Bedie

 

Une rencontre improbable entre les anciens présidents ivoiriens et ennemis jurés, Laurent Gbagbo [2000-2011] et Henri Konan Bédié [1993-1999] a eu lieu lundi 29 juillet, à Bruxelles, où Laurent Gbagbo réside depuis son acquittement en janvier par la Cour pénale internationale (CPI). [Il était poursuivi pour crimes contre l’humanité, mais demeure en liberté conditionnelle en attendant un éventuel procès en appel].

C'est bien la promesse non tenue d'ADO qui a déclenché ce revirement de situation. Le "Sphinx de Daoukro" s'est senti trahi. Au menu de cette rencontre : réconciliation nationale, retour des exilés politiques et réforme de la Commission électorale indépendante (CEI).

Si Ouattara insiste, le peuple le dégagera comme il vient de le faire avec IBK au Mali

Officiellement investi samedi 22 août par le RHDP comme candidat à l’élection présidentielle du 31 octobre, le président ivoirien a prononcé un long discours combatif et prétentieux. À la tribune d’un stade Félix Houphouët-Boigny plein à craquer, Alassane Ouattara arbore un grand sourire et brandit une pancarte : 

ADO, un coup KO

ADO

Une partie de la population prévient : "Si Ouattara insiste, le peuple le dégagera comme il vient de le faire avec IBK au Mali" annonce Aboubacar, le regard fixé sur son compte Facebook.

Le candidat Guillaume Soro, président du mouvement Générations et Peuples Solidaires (GSP)

Guillaume Soro

Le mouvement Générations et Peuples Solidaires (GPS) est la branche civile de l'ex-rébellion armée dont Guillaume Soro fut leader étudiant. Il fait désormais l'objet de poursuites judiciaires. 

Exilé en France depuis son retour manqué en Côte d’Ivoire en fin 2019, l'ancien Premier ministre ivoirien, exclu de la liste pour le scrutin présidentiel d'octobre, s'insurge contre la candidature du président sortant, Alassane Ouattara.

À 48 ans, celui que l'on surnommait le "Che" dans sa jeunesse en aura vu de toutes les couleurs et les coups de son ancien allié Ouattara ne semblent presque plus l'atteindre. 

Ces attitudes et postures sont les signes d’une fébrilité indiquant que ce régime est aux abois

"Ces attitudes et postures sont les signes d’une fébrilité indiquant que ce régime est aux abois" indique-t-il dans un communiqué du 23 août 2020, au sujet de la candidature d'Alassane Ouattara suite au décès d'Amadou Gon Coulibaly avant d'ajouter : "Le mouvement Générations et Peuples Solidaires (GPS) a pris connaissance des faits et propos tenus lors de la cérémonie d’investiture illégale, illégitime et dangereuse de M. Alassane Dramane Ouattara comme candidat du RHDP à la prochaine élection présidentielle du 31 octobre 2020 en Côte d’Ivoire. Cette cérémonie tenue le samedi 22 août 2020 à Abidjan par M. Ouattara et ses partisans chauffés à blanc constitue un défi et un outrage de plus lancés contre la nation ivoirienne. La morgue, la logique de la Terreur et l’autosatisfaction ont dominé les propos du parti au pouvoir et de son Chef."

Ouattara

Générations et Peuples Solidaires (GPS) souligne "qu’au sommet de sa gloire dans ce pays, monsieur Ouattara n’a pesé que 32% de l’électorat en 2010" 

La fake news qui annonce que le Mali accorde l'asile politique à Soro

Touré Moussa, le directeur de la Communication de Guillaume Soro, l’ex-président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire et président du mouvement politique "Générations et Peuples Solidaires" (GPS), se dit surpris de cette fausse information.

"Nous sommes tranquilles, ici en France et en Europe. Nos avocats sont ici, nos lobbyistes sont ici. Pourquoi allons-nous quitter l’Europe pour aller au Mali ?" conclut Guillaume Soro. 

Qui sera le candidat surprise de l'Unité ?

À quelques jours de la clôture des inscriptions sur la liste électorale, un candidat pourrait sortir de l'ombre et redonner vie à cette terre ivorienne bien trop brûlée pour qu'en l'état politique actuel, de l'herbe fraîche ne puisse y pousser. 

Il nous faut une alternative pour conduire la réconciliation nationale

"Il nous faut une alternative pour conduire la réconciliation nationale au service d'une démocratie apaisée. J'aimerai voter pour le candidat qui permettra de reconstruire la relative unité que nous avait léguée le président Houphouët-Boigny. Mais où est notre sauveur ?" dixit un jeune citoyen ivoirien. 

"Alassane Ouattara qui annonce une victoire un coup KO ne convainc que ceux qui mangent à son râtelier" exprime Nathalie, une citoyenne ivoirienne, avant d'ajouter "ce qu'il reste de notre démocratie part en fumée". 

Situation à suivre. 


L’UE débloque 656 millions de francs CFA
l’UE débloque 656 millions de francs CFA
L’Union européenne (UE) a annoncé mardi qu’elle apporterait un appui financier de 656millions de francs CFA (1,18 million de dollars) à la Côte d’Ivoire pour l’organisation de l’élection présidentielle prévue le 31 octobre. Ce financement s’inscrit dans le cadre du projet d’appui aux élections en Côte d’Ivoire mis en oeuvre par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) pour lequel plusieurs bailleurs dont les Etats-Unis, la Turquie, le Japon, la Suisse, le Canada, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ont déjà versé leur contribution.
La représentante résidente du PNUD en Côte d’Ivoire, Carol Flore-Smereczniak, a souligné lors de la signature de la convention sur la contribution de l’UE à Abidjan que cet appui de la communauté internationale visait à "soutenir en toute impartialité les efforts nationaux pour l’organisation d’élections crédibles, apaisées, inclusives et transparentes".

 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction