Lundi, lors de la présentation de son remède contre le Covid-19, le président malgache avait affirmé que le déconfinement partiel entamé ce…

Madagascar

Coronavirus à Madagascar : prise collective du remède présidentiel dans les écoles

Lundi, lors de la présentation de son remède contre le Covid-19, le président malgache avait affirmé que le déconfinement partiel entamé ce même jour sur l’île était rendu possible grâce à ce médicament. Depuis, il est distribué dans les écoles.

Le président de Madagascar a annoncé que le remède traditionnel -dont on ne sait toujours pas sa composition ni sur combien de personnes il a été testé- serait distribué gratuitement dans les établissements scolaires et devrait être ingéré par tous les élèves de 3e et de Terminale, les premiers à reprendre les cours ce mercredi après un mois d’arrêt. Un caractère obligatoire qui a poussé l’Académie malgache de médecine et quelques professeurs à rester dubitatif.

Cependant, malgré quelques ratés dans la capitale, la distribution a bien eu lieu. Près de 45 000 bouteilles (33cl) de la décoction ont été distribuées dans les trois principales villes touchées du pays : Antananarivo, Tamatave et Fianarantsoa. Et les élèves, ravis de trinquer sur les bancs de l’école, semblaient conquis.

« Allez, on y va tous ! Tchin tchin ! Et on boit directement hein ! » L’air enjoué, levant sa bouteille de Covid-Organics, Alain Ramananzato, le proviseur du lycée public de Nanisana trinque avec ses élèves de Terminale, tous masque au visage et bouteille du fameux remède à la main : « Allez, il faut tout finir ! Notre médicament, c’est pour renforcer les anticorps des élèves. Jusqu’à maintenant, tout le monde a accepté de boire notre boisson. Si quelqu’un ne veut pas le prendre, on note juste qui ne boit pas notre jus. Mais on ne peut pas forcer. »

Dans la salle de classe, Chantal Razafimanzato, la chargée de mission auprès du cabinet civil de la Présidence – Pôle éducation, observe attentivement : « Je suis là aujourd’hui pour faire le suivi pendant la distribution du Covid-Organics dans les lycées et collèges. Pour voir si tous les élèves prennent leur médicament. Et surtout si les élèves sont contents de prendre ce médicament. »

Et visiblement, c’est le cas. Tous se disent convaincus, comme Hasina et Romario, tous deux élèves de Terminale : « J’ai bu ça pour ne pas être malade. C’est obligatoire. Mais j’étais d’accord. Mes parents, ma famille, ils sont tous d’accord. » « Le goût, ce n’est pas sucré, c’est difficile à boire. Le président de la République avec quelques médecins, ont expliqué que c’est pour la sécurité de la santé et que ce remède malgache est efficace pour le coronavirus. Et j’ai confiance en Dieu. »

Approvisionnement limité dans les écoles privées

Pour respecter la posologie du remède présidentiel, deux distributions sont encore prévue pour ces étudiants, vendredi et lundi prochains. Ce mercredi, les élèves ont chacun reçu un masque. Les établissements eux ont perçu du savon pour que leurs étudiants puissent se laver les mains dès leur arrivée.

Dans la capitale, malgré les annonces faites, plusieurs établissements n’ont pas été livrés, comme le lycée Jean-Jacques Rabearivelo, l’un des plus gros de la capitale. Par ailleurs, face au manque d’approvisionnement, « les établissements publics seront prioritaires », a indiqué la présidence. Les collèges et lycées privés ne semblent en effet pas avoir reçu la cargaison de remède traditionnel. Ce que confirme, Tiary, 15 ans, étudiante de 3e dans un collège privé du centre-ville : « Ce matin, notre professeur de mathématiques nous a distribué un masque à chacun. Mais il a dit que notre école n’avait pas encore reçu la boisson du président. Et qu’on devait encore attendre. »

Mercredi soir, deux médias malgaches (TV plus et Radio ny Antsiva) ont rapporté que les élèves qui avaient refusé de prendre le remède avaient été priés de quitter leur établissement, conformément aux instructions du gouvernement.

Par ailleurs, il y a eu une distribution gratuite de la tisane dans les quartiers populaires de la capitale. De longues queues d’habitants voulant remplir leur récipient du remède se sont formées devant les fûts de 250L installés à différents endroits de la ville. L’opération devrait être répétée ces huit prochains jours. Le remède a aussi été mis en vente dans les pharmacies et les supermarchés. Les 1 500 bouteilles proposées se sont arrachées en quelques heures.

Rédaction
Journaliste