L'Arabie Saoudite grâce au Prince héritier Mohamed Ben Salman se modernise et s'ouvre enfin au monde grâce à la culture.

Cinémas autorisés en Arabie saoudite : les professionnels dans les starting-blocks

Arabie Saoudite

Réalisateurs saoudiens et grandes chaînes de distribution de films, actuellement réunis aux Emirats, se réjouissent de la levée de l'interdiction des salles de cinéma en Arabie saoudite, décision qui leur ouvre un marché de plus de 30 millions de personnes.


Au Festival international du film de Dubaï, l'annonce de Ryad a été au centre des discussions depuis lundi.

La réalisatrice Hajar Alnaim exhibe sa fierté nationale sous la forme d'un drapeau vert saoudien épinglé sur son abaya noire. Elle raconte avec émotion le moment où elle a appris que les salles de cinéma allaient rouvrir dans son pays, après plus de 35 ans d'interdiction.

"J'ai posté sur Facebook une photo de moi sur le tapis rouge et quelqu'un m'a dit +Quelle coïncidence!+ C'est une grande photo pour un grand jour".

Hajar Alnaim est ensuite allée sur Twitter pour découvrir le "buzz" et a été "bouleversée" de voir que son gouvernement avait annoncé l'octroi immédiat de licences commerciales pour des salles de cinéma, la première devant ouvrir en mars 2018.

La décision s'inscrit dans le cadre d'un vaste plan de "modernisation" lancé par le jeune prince héritier Mohammed ben Salmane dans le royaume ultra-conservateur, où la moitié de la population a moins de 25 ans.

Outre la diversification de l'économie encore trop dépendante du pétrole, ce programme prévoit le développement du tourisme, du sport et des divertissements, malgré l'opposition de certains milieux religieux.

Hajar Alnaim admet qu'elle était autrefois sensible aux positions des jusqu'au-boutistes, mais une bourse du gouvernement saoudien --qui en accorde des milliers chaque année-- pour étudier le cinéma à Los Angeles a changé sa vie.

"Je n'avais même pas réussi à convaincre ma famille de me laisser aller à Bahreïn pour voir un film avant ce voyage aux Etats-Unis (...). Ma perspective et celle ma famille ont alors changé", dit-elle.

Hajar Alnaim explique que son court métrage "Detained", sur une demandeuse d'asile syrienne interrogée par les services de sécurité intérieure américains à propos des actions de son père, offre une perspective musulmane mais aussi occidentale, fruit de ce séjour californien.

500 km 

Il y a une dizaine d'années déjà, le cinéaste saoudien Abdallah al-Eyaf avait capté le désir ardent de ses compatriotes pour le grand écran dans un documentaire.

"Cinema 500 km" est l'histoire d'un Saoudien qui traverse pour la première fois les frontières de son pays, uniquement pour voir un film.

"C'est drôle, non ?" remarque à ce propos Hanaa Saleh Alfassi, réalisatrice saoudienne présente au Festival de Dubaï. "Nous étions prêts depuis longtemps à lever toutes ces interdictions", dit-elle à l'AFP, dans une allusion aussi à l'annonce de septembre autorisant les Saoudiennes à conduire à compter de juin 2018.

Son film "Lollipop" aborde aussi les restrictions juridiques et sociales. "C'est l'histoire d'une jeune fille qui a ses règles pour la première fois et qui décide de cacher cette situation à sa famille pour ne pas avoir à se voiler le visage", explique-t-elle.

Lorsqu'elle commence finalement à porter le voile, elle est "sexualisée" par la société et harcelée par le père d'un ami.

La réalisatrice estime qu'en 2018, les salles de cinéma pourraient commencer par présenter des films "non controversés", mais elle prévoit que l'industrie s'épanouira au fur et à mesure que les Saoudiens s'habitueront à cette forme de divertissement.

Milliards de dollars 

La décision de Ryad a d'ores et déjà des implications commerciales. Mardi, le Fonds souverain saoudien a signé un accord avec le plus gros exploitant de salles de cinéma américain, AMC Entertainment Holdings.

Cette compagnie exploite 11.000 écrans aux Etats-Unis et en Europe et le partenariat vise à développer la distribution de films et l'exploitation des salles en Arabie saoudite.

Un exploitant de Dubaï, Majid al-Futtaim, propriétaire de la chaîne VOX Cinemas, a annoncé dès lundi son intention d'ouvrir des salles dans le royaume.

Alain Bejjani, directeur de cette compagnie, a fait part à l'AFP de son impatience. "Nous nous sommes engagés à développer Vox Cinemas en Arabie saoudite et à faire en sorte que chacun de nos clients saoudiens dispose d'un cinéma".

M. Bejjani prédit que les cinémas seront "la pierre angulaire d'un nouveau secteur économique", générant des milliers d'emplois et des talents saoudiens.

Selon le ministère saoudien de la Culture, l'industrie cinématographique pourrait contribuer à hauteur de 24 milliards de dollars à l'économie d'ici 2030.

 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction