À l’instar du Louvre Abu Dhabi, qui vient d'être inauguré le 8 novembre dernier en présence du président de la République, Emmanuel…

France

Ces musées français qui s'exportent à travers le monde

À l’instar du Louvre Abu Dhabi, qui vient d'être inauguré le 8 novembre dernier en présence du président de la République, Emmanuel Macron, les musées français multiplient les projets de développement à l’international. Tour d’horizon.

Samedi 11 novembre, après dix ans de conception et d’élaboration, le Louvre Abu Dhabi, premier musée universel dans le monde arabe, a dévoilé ses trésors aux visiteurs du monde entier. Avant d’en arriver là, il aura fallu une collaboration étroite entre les autorités émiraties, le musée du Louvre et l’agence France-Muséums pour dessiner les contours de ce projet prestigieux, issu d’un accord intergouvernemental signé le 6 mars 2007 par la France et les Emirats arabes unis (EAU). "En inaugurant ce musée, nous n’inaugurons pas seulement une institution culturelle, [mais aussi] une certaine ambition pour le monde, [faite] d’échanges culturels et artistiques inédits", a assuré Françoise Nyssen le 6 septembre dernier lors d’un déplacement sur le site du futur musée.

Nous inaugurons une certaine ambition pour le monde, faite d'échanges culturels inédits

Contrairement au musée du Louvre, d’autres grands musées français, comme le Centre Pompidou ou le musée Rodin, multiplient, depuis deux décennies, les projets de développement à l’international. Plébiscitées intra muros par les visiteurs étrangers (ces derniers représentent, à titre d’exemple, 70% du public du musée du Louvre) mais aussi lors d’expositions de prestige à l’étranger (citons la présentation triomphale de la collection du musée Picasso à travers le monde), ces institutions misent sur la richesse de leurs collections et le haut niveau d’expertise de leurs conservateurs, très appréciés à l’étranger, pour proposer des formules inédites de partenariats, ponctuels pour les uns (musée Rodin de Salvador de Bahia où, entre 2009 et 2012, 62 plâtres du célèbre sculpteur dont "Le Penseur" et "Le Baiser" ont été exposés, Centre Pompidou à Malaga), durables pour les autres (Louvre Abu Dhabi, projet du Centre Pompidou à Shanghai). Avec un unique objectif : promouvoir un patrimoine exceptionnel tout renforçant le rayonnement culturel hexagonal.

Musée du Louvre : d’Atlanta aux Émirats arabes unis

Louvre Abu Dhabi © Benno Schwinghammer / DPA

Lieu d’ouverture et de dialogue interculturel, le Louvre Abu Dhabi propose au visiteur de découvrir les influences partagées qui façonnent l’histoire de l’humanité. "Comme le Louvre de Paris, qui est constitutif de l’identité de la France, mais qui la dépasse, le Louvre Abu Dhabi est ancré dans ce pays, mais il parle au monde entier", a observé la ministre de la Culture, en insistant sur son caractère     "universel". Cet ambitieux projet auquel le nom du Louvre, dont l’usage a été cédé à l’établissement émirati pour trente ans, offre une garantie de qualité muséographique et d’exigence scientifique. "Plus grand projet culturel français à l’étranger, le Louvre Abu Dhabi est aussi une formidable reconnaissance de notre savoir-faire", se réjouit Jean-Luc Martinez, président-directeur du musée du Louvre dans Grande Galerie (septembre-octobre 2017), en ajoutant que "son ouverture, dans une période marquée par le fanatisme et les destructions d’œuvres, est plus qu’un symbole : c’est un espoir, celui du triomphe de la liberté et du génie humain sur la barbarie".

Le Louvre Abu Dhabi bénéficie à plusieurs titres de l’expertise muséale française : l’agence France-Museums, à laquelle se trouvent affiliées douze grandes institutions culturelles française, assure la formation des professionnels en contact direct avec les œuvres et accompagne le musée dans le développement de sa propre collection permanente. Celle-ci compte 620 œuvres, dont 300 seront exposées à l'ouverture. Parmi elles, des joyaux archéologiques prêtés par des institutions du Moyen-Orient, comme l’Arabie saoudite, la Jordanie ou l’Emirat d’Oman. Autre volet de cette collaboration : 300 œuvres en moyenne lui seront prêtées chaque année jusqu’en 2026. La Belle Ferronnière de Léonard de Vinci, l’Autoportrait de Van Gogh et le Bonaparte franchissant les Alpes de David seront présentées à partir du 11 novembre sur les cimaises de la spectaculaire rotonde conçue par l’architecte français Jean Nouvel. 

Ce projet exceptionnel n’est toutefois pas une première pour le musée puisque celui-ci avait déjà pris ses marques à Atlanta, en 2006. À cette occasion, le High Museum d’Atlanta avait concédé pour trois ans une aile de son bâtiment au Louvre, lequel s’était engagé à lui fournir une exposition chaque année. Une coopération couronnée de succès avec plus de 1,2 millions de visiteurs venus des quatre coins du sud-est des Etats-Unis pour contempler les chefs-d’œuvre qui avaient traversé l’Atlantique. Les expositions temporaires ainsi mises en place retraçaient l’histoire du musée du Louvre depuis son origine, à la fin du XVIIIe siècle, jusqu’à nos jours.

Centre Pompidou : de Malaga à Shanghai

Centre Pompidou Málaga © Jorge Guerrero / AFP

Bien qu’il soit déjà une référence internationale – il possède, avec le MOMA de New-York, l’une des deux plus importantes collections d’art moderne et contemporain du monde – le Centre Pompidou saisit lui aussi de nouvelles occasions de se développer à l’étranger. En 2015, il a ouvert à Malaga, ville natale de Picasso, un premier « Centre Pompidou provisoire », en place pour une durée de cinq ans. Au sein des 6000m2 de surface d’El Cubo, le bâtiment aménagé à cet effet, se trouve une sélection de 90 œuvres soigneusement agencées qui donne aux Malaguènes un bel aperçu des richesses pluridisciplinaires du Centre Pompidou. Pour Serge Lasvigne, son président, une telle initiative permet d’assurer "[la] présence de la marque, [le] rayonnement pour la France et [la] diffusion du modèle qu’est le Centre Pompidou". "Cela nous permet également de connaître la scène artistique étrangère et d’enrichir nos collections", a-t-il observé dans le cadre d'une entretien accordé à France Inter.

"Connaître la scène artistique étrangère et enrichir nos collections"

Le Centre ne compte cependant pas en rester là car l’objectif, à terme, est bien de construire un réseau mondial, propice à la valorisation à l’étranger des quelques 120 000 œuvres qu’il abrite. Après Malaga, il s’installera à Shanghai. Un protocole d’accord, signé en juillet dernier avec le West Bund Group, esquisse les grandes lignes de son projet de programmation culturelle pour le bâtiment de près de 25 000 m2 conçu par l'architecte britannique David Chipperfield, que son partenaire chinois construit actuellement sur les rives du fleuve Huang Pu.

Le futur Centre Pompidou – Shanghai (West Bund), qui devrait ouvrir ses portes en 2019, présentera des expositions et des événements de haut niveau et permettra la mise en place d’échanges bilatéraux réguliers. L’institution parisienne apportera son expertise et exercera une mission de conseil et d'assistance tout au long de cette collaboration, notamment dans les domaines de la conservation des œuvres d'art et de la médiation. Enfin la création en 2020 d'un nouvel espace dédié à l'art moderne, l’art contemporain et l'architecture, dont le programme et le projet sont conçus en collaboration avec le Centre Pompidou, a également été annoncée par la région de Bruxelles-Capitale le 29 septembre 2016.

 

Rédaction
Journaliste