Son nom résonne comme une poésie, son parcours frappe comme un poignard, sa foi en la vie est une leçon dont seuls ceux qui ont lu son livre intitulé la « rage de vivre » tireront les enseignements. Portrait.

« Changer le monde commence par se transformer soi-même"

Bolewa Sabourin, un artiviste inspirant

Son nom résonne comme une poésie, son parcours frappe comme un poignard, sa foi en la vie est une leçon dont seuls ceux qui ont lu son livre intitulé la "rage de vivre" tireront les enseignements. Portrait.

Tiraillement. Entre son père, danseur congolais et sa mère Colette, son élève, le courant ne passe plus. La belle danseuse n'attire plus les bonnes grâces de Nganda. À peine un an après la naissance de Bolewa, c'est la rupture. Kidnappé par son père des bras de sa mère Colette, la Rochelloise, Bolewa est élevé par sa grand-mère en République Démocratique du Congo jusqu'à ses 6 ans. Atrocement arraché du sein maternel, Bolewa Sabourin fait ses premiers pas et essuie ses premiers affronts dans la banlieue de Kinshasa... les gifles données par la vie. Il ne reverra sa mère que des années plus tard, en Martinique, plus précisément, à Terreville, où elle a refait sa vie, donnant naissance à ses demi-frères de père martiniquais.

"On m'a jeté dans ce monde en me disant : débrouille-toi seul face à l'immensité du monde et de sa galère" exprime t-il. Abandonné par un paternel très filou mais sans réel situation sociale qui joue sans cesse et sans mesure à l'amoureux transi avec des femmes fortunées mais bien plus dévouées à Nganda qu'à Bolewa ; et par une mère sempiternellement "on drugs", Bolewa Sabourin, encore adolescent voit sa réussite lui échapper des mains. Il est comme enfermé dans un cercle vicieux. Décrochage scolaire, absence de repères, et démotivation durent plus de dix ans. 

Rage et détermination. Après avoir cherché à comprendre en dévalant sur les terres de ses racines en RDC, dans la commune de Matété, il découvre que ses frères africains ne l’accueillent pas avec plus d’amour que les Franciliens. Alors, déçu, il retourne aspirer l’énergie du bitume de Saint-Denis et celui des 5ème, 20ème et 15ème arrondissements de Paris.

Son père Nganda, danseur congolais et porte parole du collectif des sans-papiers transmet à Bolewa l’esprit militantiste. Revendiquer des droits dont celui d’exister. Cités en mouvement, Stop le contrôle au faciès, Jeudi Noir occuperont son quotidien déjà bien rempli par le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS). Et cela est sans compter la danse, qui plus qu’un art, deviendra son outil de résilience.

Je ne gesticule pas pour amuser la foule. La danse traditionnnelle congolaise sera l'outil de ma reconstruction 

Et à force de revendiquer, user de son verbe, se mouvoir contre l’injustice, Bolewa Sabourin devient un exemple. Son casque crépu, sa barbe de hipster sont aussi "sexy" que dérangeants pour ceux qui ont une certaine idée du visage auquel doit ressembler la réussite. Fort de cela, il décide d'affronter l'univers de la fac. Pari gagné, il obtient un Master en Sciences Politiques à la Sorbonne grâce à la Validation des acquis de l’expérience (VAE).

Utiliser la danse comme un artivisme

Bolewa Sabourin sur scène @claire Dem

 

Avant son dernier voyage, l’un des amis de son père lui transmettra avec force toute sa connaissance de la danse traditionnelle congolaise. Cet art qu’il pratique avec son oncle dès 9 ans, Bolewa Sabourin décide de l'enseigner. Alors, il fonde l'association LOBA en 2008.

@Re-Creation by LOBA

 

La danse comme instrument thérapeutique. Huit ans plus tard, avec son ami William Njaboum, naîtra Re-creation by Loba, un projet de l'association LOBA qui oeuvre auprès des femmes victimes de violences sexuelles en République Démocratique du Congo. 

Ici, Bolewa Sabourin, fondateur de l'association LOBA et le Dr Denis Mukwege, “L’homme qui répare les femmes”

 

Aux côtés du gynécologue et prix Nobel de la paix Dr Denis Mukwege, Re-creation by Loba se met au service de la transformation sociale. En 2017, Bolewa Sabourin et deux amies se sont rendus à Bukavu, (ville de la zone de guerre à l’Est de la RDC), à la rencontre de 150 jeunes femmes soignées à l’hôpital de Panzi. Âgées en moyenne d’à peine 16 ans, elles tentent de revenir de l’horreur qu’elles ont vécue dans une région où le corps des femmes est devenu un terrain de guerre. La danse, dans ce processus de guérison est une échappatoire, une parenthèse qui leur permet d’oublier, ne serait-ce que quelques minutes, leurs traumatismes.

Mon rôle, c’est simplement de les aider à débloquer des anticorps psychologiques

Avec les années, l'amour de la danse transmis par son père et surtout l'enseignement de Mutshi Mayé, danseur soliste du ballet National du Zaïre, Bolewa Sabourin est devenu un maître de la danse traditionnelle congolaise. Il est le co-auteur avec Balla Fofana de l’ouvrage la "La Rage de vivre" sorti aux Editions Faces cachées en septembre 2018, dans lequel il raconte en 155 pages sa trajectoire intense et pleine d’enseignements dont nous retenons cet apophtegme : 

Fais de ton corps une machine, de ton cerveau une arme, de ton cœur un art, de ta vie une œuvre !

 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction