Depuis plusieurs années, un conflit permanent oppose les deux communautés d’un pays : les sunnites et les chiites. Avec son lot d…

Bahreïn : le conflit oublié

Politique

Depuis plusieurs années, un conflit permanent oppose les deux communautés d’un pays : les sunnites et les chiites. Avec son lot d’actes de violence et d’atteintes aux droits de l’Homme.

Pneus brulés et posés en plein milieu des routes, heurts entre policiers et jeunes masqués et armés de cocktails Molotov, tirs de gaz lacrymogènes, survol d’hélicoptères… Nous sommes ni en Palestine, ni encore au Yémen ou en Egypte. Mais au Bahreïn, ce minuscule (765 Km2) État du Golfe qui vit depuis au moins trois ans à l’heure d’un conflit oublié.

Là-bas, ces scènes que nous relatent régulièrement les agences de presse internationales sont quasi quotidiennes. Elles se sont répétées le 22 novembre 2014 à l’occasion de l’organisation d’élections législatives et municipales largement contestées et boycottées par une majorité de la population, les chiites qui représenteraient 65% de la population autochtone (près de 570 000 habitants) ; le reste des 1,2 million d’habitants recensés en 2010 est constitué d’étrangers.

Des chiites qui contestent le pouvoir de la famille royale sunnite des Al-Khalifa, qui dirige le pays depuis le départ (en 1873) des Séfèvides, une dynastie de l’Empire perse, qui a conquis le pays en 1602 et qui régna sur l’Iran de 1501 à 1736.

Le régime du roi Hamed Bin Issa Al-Khalifa a d’ailleurs bien valsé

La contestation chiite prit un tournant particulier en février 2011 à la faveur de ce Printemps arabe qui a réussi à faire tomber bien des régimes arabes. Le régime du roi Hamed Bin Issa Al-Khalifa a d’ailleurs bien valsé et même failli tomber si ce n’était l’intervention militaire, en mars 2011,  des forces armées des pays du Conseil de Coopération du Golfe qui craignent encore l’installation d’un pouvoir chiite à Manama, capitale du Bahreïn.

La police anti-émeute bahreïnie avait, par ailleurs, décidé d’intervenir « énergiquement » pour casser la révolte qui s’était rassemblée, comme ailleurs, dans les pays du Printemps arabe dans une place symbolique, la place de la Perle du nom d’un monument, une boule de béton enserrée entre six arches, du reste totalement détruite.

La police avait à l’occasion arrêté et emprisonné nombreux militants du mouvement Al Wifeq (la concorde), qui rassemble l’opposition chiite. Des organisations de défense de droits de l’Homme comme la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) estiment à près de 90 le nombre des Bahreïnis tués par régime des Al-Khalifa depuis maintenant trois et à 3000 celui des détenus.

Les leaders de la communauté chiite ont déclaré que le taux de participation aux élections du 22 novembre n’a pas dépassé 30%. Chiffre que contestent évidement les partisans du pouvoir qui se recrutent pour l’essentiel dans les rangs de la communauté sunnite. Et qui ont annoncé un taux de participation de 51,5%.

« Un acte d’allégeance pour le roi »

Les échanges de propos entre les dirigeants du  mouvement Al-Wifeq et ceux du pouvoir en place en disent long sur l’importance du fossé qui sépare les deux parties. "Un processus électoral contrôlé par le régime et un remaniement des circonscriptions pour donner plus de poids aux sunnites » dénoncent les premiers et « une victoire pour le Bahreïn et un acte d’allégeance pour le roi" répondent les seconds.

Un conflit qui ne peut être compris sans que l’on comprenne l’essentiel : la dimension hautement stratégique du Bahreïn, deuxième réserve mondiale de gaz et troisième de pétrole. Sans oublier la proximité géographique avec une Arabie saoudite qui est reliée au royaume par un pont de 25 km, la Chaussée du roi Fahd, et d’un Iran qui veut retrouver son rôle de gendarme du Golfe. Sans oublier également que le Bahreïn est une base du Centcom (le commandement central militaire américain) et qu’il accueille la 5ème flotte de l’US Navy.

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie