Fatigué de lire et relire des informations sur le terrorisme au Sahel ou la crise migratoire. 54 ÉTATS a souhaité égayer votre journée en rappelant que l'Afrique, c'est tellement plus que cela. C'est un continent jeune, décomplexé et en constante progression. L'art et la culture participent à cette perception positive de l'Afrique. Rencontre avec Saidou Dicko, artiste-peintre, vidéaste, originaire du Nord du Burkina-Faso, de Deou. La démarche de Saidou Dicko consiste à représenter l'ombre sur des oeuvres d'art et en vidéos. Au lieu de faire poser ses sujets, il photographie des ombres et les anime. Rencontre.

L’art permet au continent africain de s’exprimer, de se faire entendre d’une seule voix

Art : entretien avec l'artiste burkinabé Saïdou Dicko

Fatigué de lire et relire des informations sur le terrorisme au Sahel ou la crise migratoire, 54 ÉTATS a souhaité égayer votre journée en rappelant que l'Afrique, c'est tellement plus que cela. C'est un continent jeune, décomplexé et en constante progression. L'art et la culture participent à cette perception positive de l'Afrique. Rencontre avec Saïdou Dicko, artiste-peintre, vidéaste, originaire du Nord du Burkina-Faso (Deou). La démarche de Saïdou Dicko consiste à représenter l'ombre sur des oeuvres d'art et en vidéo. Au lieu de faire poser ses sujets, il photographie des ombres et les anime. Rencontre.

Art : entretien avec l'artiste burkinabé Saidou Dicko

 

54 ÉTATS :  L'ombre et la lumière sont des élements du quotidien qui apportent beaucoup de profondeur, et de contraste. Qu'est-ce qui vous donné l'envie de travailler avec l'ombre ?

Saïdou Dicko : C'est venu très naturellement. La majorité des enfants s'amusent avec les ombres. C'est le fruit de notre imaginaire. Ma fascination pour les ombres provient de mon enfance.

La silhouette d'un individu ou d'un animal, évolue et se déforme avec l'ombre créant des images. C'est d'abord en recueillant l'ombre de ces animaux que j'ai appris à dessiner.

54 ÉTATS : C'est en quelque sorte l'inspiration du berger peul où les silhouettes des chèvres et des moutons ont été remplacées par celle des hommes. Quel type d'ombre corporelle vous inspire, vous attire et pourquoi ?

Saïdou Dicko : La majorité de mes sujets sont des enfants pris en photo lors de mes voyages que je conjugue avec les ombres. Par exemple, je peux photographier des enfants au Burkina Faso et les emmener, à travers mes oeuvres à New-York. C'est là une façon de voyager numériquement. Ces enfants deviennent nos enfants, vos enfants, des enfants du monde.

54 ÉTATS : Bien souvent les artistes africains se retrouvent devant un dilemne entre tradition et modernité. D'après-vous, faut-il inventer un art singulier qui actualise l'art traditionnel ?

Saïdou Dicko : Pour moi, chaque artiste à sa vision, c'est ce qui participe à la diversité. On est inspiré par ce que l'on voit autour de soit, par l'actualité, et par le poids de sa culture. Puis l'on compose avec la réalité.

Avec l'art, je valorise aussi la culture de mon pays

Par exemple, dans mes images, les croix rouges que vous voyez, c'est un clin d'oeil à Tapis Peulh (2012). Ces tissus traditionnels que j'affectionne et qui ont bercés toute mon enfance.

Je mets des petits indices et les gens par curiosité vont chercher la signification de ces indices : "qu'est-ce qu'un tapis peulh ?"

 

Saïdou Dicko, TAPIS PEULH, 2012 | ARTCO

54 ÉTATS : Quelle est la place pour l'art dans nos civilisations ?

Saïdou Dicko : C'est très important. Par exemple, le secteur de l'Art génère plus de bénéfice que le secteur de l'automobile. 

54 ÉTATS : Le secteur de la culture est-il le lieu de nouveaux enjeux ?

Saïdou Dicko : Au-delà du fait que ce soit un moment de partage et de joie pour ceux qui visitent les expositions et autres lieux de rencontres culturelles, l'art invite à la connexion, au partage, à la convivialité.

54 ÉTATS : Vous avez été primé à la Biennale de Dakar en 2008, puis en Europe en 2006...

Saïdou Dicko : Oui, suite à plusieurs expositions, j'ai été primé à la Biennale de Dakar et à Bamako. Cela a permis aussi de pouvoir faire voyager mon travail. La Banque mondiale a acquis plusieurs oeuvres de différents artistes pour exposer au sein de son siège.

54 ÉTATS : Les foires internationales comme la Biennale de Dakar ou l'AKAA Art Fair se multiplient. Pensez-vous que la pénétration du marché de l'Art par les artistes contemporains d'origine africaine sera plus aisée ?

Saïdou Dicko : Cela s'impose naturellement. Les artistes africains sont primés partout en Europe et dans le reste de l'Occident. Cependant, cela reste difficile du fait des coûts logistiques. Tous les artistes africains invités à exposer en Europe n'ont pas forcément les moyens financiers d'effectuer le déplacement et de transporter leurs oeuvres. Il y a aussi la problématique des visas. C'est un point à améliorer.

54 ÉTATS : Pourriez-vous nous parler de Shadowed People ?

Shadowed People - La terre tourne seulement pour les gens qui ont le droit de voyager

 

Saïdou Dicko : Oui, c'est le thème de l'une de mes collections. Au départ, je ne photographiais que des ombres. Et puis, je me suis dit : "pourquoi me limiter dans mon imaginaire ? " J'ai donc décidé de transformer les ombres citadines figées que nous sommes, en ombres voyageuses. C'est vrai, il n'y a qu'à observer. Dans les villes, nous devenons de plus en plus des ombres... Dans les transports en commun, on se bouscule, sans même se dire pardon, sans même se regarder. On ne communique plus. C'est toute cette reflexion qui a donné naissance à Shadowed People.

Dans ce nouveau monde, sommes-nous devenus que des vêtements et des corps ?

54 ÉTATS : Qu'est devenu le collectif Rendez-vous des artistes co-fondé en 2012 ?

Saïdou Dicko : C'est une rencontre bimensuel avec les artistes autour d'un bon repas pour échanger, resserrer les liens entre nous hors de nos ateliers de créations, des vernissages, et autres évènements artistiques. C'est aussi une façon de parrainer des artistes avec des galeristes.

54 ÉTATS : Et votre actualité ?

Saïdou Dicko : Je travaille sur ma prochaine exposition à Londres 1-54, et j'expose à la gallerie Loft Art Gallery. Yasmine et Myriem Berrada Sounni ont fondé la galerie Loft en 2009 à Casablanca, aujourd’hui devenue galerie pionnière de l’art moderne et contemporain marocain.

54 ÉTATS : Vous rêver de quoi dans un futur proche ?

Saïdou Dicko : De plus de collaborations, et davantage de visibilité pour les artistes du continent qui n'ont pas forcément un CV kilométrique mais qui ont pourtant du talent. L’art permet au continent africain de s’exprimer, de se faire entendre d’une seule voix, dans un monde où la quête identitaire est universelle.

 

https://youtu.be/eOKz0iGpchg

Véronique Chabourine
Journaliste politique