Le guerrier arabe déferlant du Moyen-Orient avec un sabre dans une main et le coran dans l’autre, voila une imagerie « barbaresque » qui a…

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A la conquête des terres et des cœurs

Le guerrier arabe déferlant du Moyen-Orient avec un sabre dans une main et le coran dans l’autre, voila une imagerie « barbaresque » qui a imprégné les esprits au cours des siècles. Et s’il fallait revisiter cette image sous un prisme différent ?

Plus que de simples conquérants (de plus), les Arabes déferlant sur l’Afrique, via le Maghreb dès le VIIe, ont pu tout logiquement apparaître comme les porteurs d’un message révolutionnaire : celui du progrès. Loin de se lancer dans une politique de la terre brûlée, cet islam naissant et – bientôt – triomphant allait trouver dans cette région du monde un terreau suffisamment riche pour planter la graine d’une religion qui s’épanouit, malgré les vicissitudes et les soubresauts du temps, depuis maintenant près de quatorze siècles.

Partis à la conquête des terres comme des cœurs, les conquérants arabes ont su, selon les circonstances, habilement manier le sabre comme le livre. Avec bien moins de violence d’ailleurs qu’il se dit parfois. N’en déplaise à certains. Guerre, il y eut ! Combats, nombreux furent ! L’antique Ifriqiya, dépendance romaine quasi autonome, était évidemment à ce prix : celui de la violence. Mais si vaincre est une chose, se faire accepter des populations locales en est une autre. Un état de fait qui a pu se vérifier tout au long de l’Histoire. Les autochtones ne pouvaient pourtant qu’adhérer à ce que l’on peut qualifier de « projet de vie » du monde musulman.

La domination byzantine. Les querelles dogmatiques incessantes du monde chrétien. Un trinitarisme officiel guère compatible avec l’esprit des lieux. Quoi de plus logique finalement, sur la façade méridionale de la Méditerranée, que le vent de changement ayant soufflé depuis cet Orient, si loin et si proche à la fois, ait pu sembler libérateur ?

D’autant que les Arabes n’étaient pas franchement de sinistres inconnus sur le continent africain. Leurs caravanes sillonnaient les pistes en quête d’or, d’esclaves et d’autres denrées rares. Cet islam, certains en avaient entendu parler. Ces musulmans, ils les côtoyaient parfois directement, notamment dans les comptoirs que ceux-ci fondèrent tout le long de la côte est-africaine.

Alors, pourquoi le nier ? Avec l’islam, tout devenait plus simple : un Dieu, un prophète, un code de valeurs (mais aussi d’honneur) et un système social égalitaire et solidaire dans un contexte aux normes évidemment bien différentes d’aujourd'hui. Si tous ne furent pas sensibles au message du sceau des prophètes, certains comprirent tout l’intérêt qu’ils avaient à tirer des nouveaux arrivants. On se convertit aussi pour échapper à l’impôt, pour s’affranchir des chaînes de l’esclavage ou pour commercer. La promulgation de l’arabe comme langue officielle, la mise en place d’une administration stable et la tolérance en cours envers les autres cultes, moyennant la Jizya, ont ainsi pleinement participé à l’implantation et à l’essor de l’islam en Afrique.

Rédaction
Journaliste