Le Soudan du Sud a pris le contrôle des trois quarts du pétrole du Soudan, son voisin lorsqu'il a proclamé son indépendance le 9 juillet 2011. Bien que la production pétrolière ait été réduite entre 2013 et 2015 à cause de la guerre civile, le gouvernement souhaite maintenant la remettre sur les rails. Pour mieux comprendre les enjeux économiques du pétrole, rencontre avec le ministre du Pétrole, Ezekiel Lol Gatkuoth.

"Le pétrole du Sud-Soudan appartient au peuple du Soudan du Sud, il n'appartient pas au gouvernement"

Entretien avec Ezekiel Lol Gatkuoth, Ministre du pétrole du Soudan du Sud

Le Soudan du Sud a pris le contrôle des trois quarts du pétrole du Soudan, son voisin lorsqu'il a proclamé son indépendance le 9 juillet 2011. Bien que la production pétrolière ait été réduite entre 2013 et 2015 à cause de la guerre civile, le gouvernement souhaite maintenant la remettre sur les rails. Pour mieux comprendre les enjeux économiques du pétrole, rencontre avec le ministre du Pétrole, Ezekiel Lol Gatkuoth.

Ezekiel Lol Gatkuoth, Ministre du Pétrole au Soudan du Sud et Priscilla Wolmer, journaliste

 

54 ÉTATS: Votre pays produisait 480 000 barils par jour et à présent, le Soudan du Sud ne produit que 139 000 barils par jour. Près de cinq ans après la crise, comment pensez-vous ramener le pays à sa production originale ?

Ezekiel Lol Gatkuoth : Le Soudan du sud possède les plus grandes réserves de pétrole de l'Afrique sub-saharienne, après le Nigeria et l'Angola. C'est uniquement à cause de la crise sécuritaire que notre production pétrolière a chuté à 139 000 barils par jour. Le pays à lancé un programme d’évaluation de l’étendue des réparations qui doivent être faites sur plusieurs installations de production. Notre volonté est de relancer la production pétrolière pour redynamiser l'économie en perte de vitesse. 

54 ÉTATS :  Nul ne conteste la présence massive des ressources pétrolières au Soudan du Sud, mais il y a un manque criant d'infrastructures, notamment des raffineries, des pipelines, etc. Votre gouvernement a donc essayé de construire un oléoduc de 2.000 km de long, permettant au Soudan du Sud d'exporter son pétrole via le Kenya, autorisant ainsi votre jeune Etat à ne plus dépendre des infrastructures du Soudan. Où en est le projet ? Utilisez-vous toujours les pipelines de votre voisin soudanais ?

Ezekiel Lol Gatkuoth : Nous continuons à acheminer notre production pétrolière à travers le Soudan.

En revanche, au sud de notre pays, nous allons construire un oléoduc capable de relier nos gisements de pétrole au port de Lamu, sur la côte du Kenya et de l'Ouganda.

54 ÉTATS : Malgré un vieux déssaccord lié au tarif, payez-vous toujours le Soudan pour le transport de la production pétrolière ?

Ezekiel Lol Gatkuoth : Bien sûr, nous payons les frais de transport, les frais de transit, les frais de traitement, et les frais d'"arrangement transitoire financier".

C'est un soutien financier pour le Soudan. En effet, lorsque Juba a fait sécéssion de Khartoum en 2011, nous avons hérité de 75% de pétrole du Soudan. Cela a créé un choc économique terrible pour la République du Soudan. Pour toutes ces raisons, nous les soutenons avec un paiement de 3 milliards de dollars.

54 ÉTATS : Y a-t-il de nouvelles découvertes dans le pays ?

Ezekiel Lol Gatkuoth : Oui, il y a de nouvelles découvertes : le bloc B3. J'ai attribué ce bloc à une société nigériane appelée Oriental Energy Resources. Oriental a actuellement trois projets dans l'industrie pétrolière et gazière offshore nigérian, dont OML 115, Ebok Field (OML 67) et Okwok Field (OML 67) ; tous à divers stades d'évaluation et de développement.

Nous discutons avec Total pour qu'ils puissent prendre les blocs B1 et B2 avec Tullow Oil et la Kuwait Foreign Petroleum Exploration Company (KUFPEC).

Je suis d'ailleurs à Paris pour négocier avec Total sur la façon dont nous pouvons aller de l'avant et trouver un accord pour que leur compagnie française  puisse débuter l'exploration.

54 ÉTATS : Le président Salva Kiir et son premier vice-président, Taban Deng Gai, font pression sur la concurrence pour les prélèvements de pétrole brut. Ils soutiennent que leur situation financière critique nécessite de nouveaux partenariats qui peuvent fournir de meilleurs revenus à l'État. Un mot à ce sujet ?

Ezekiel Lol Gatkuoth : C'est exact. C'est la raison pour laquelle nous nous concentrons sur l'augmentation de la production pétrolière. Lorsque vous augmentez la production, l'économie du pays se porte mieux.

Nous voulons atteindre 480 000 barils par jour. Si Total, Tullow Oil et KUFPEC utilisent les blocs B1 et B2, la production pétrolière explosera. Le président général Salva Kiir me demande de veiller à ce que l'économie soit revitalisée.

54 ÉTATS : Vous avez donc déjà signé le contrat avec Total ?

Ezekiel Lol Gatkuoth : Nous sommes toujours à la phase des négocitations et probablement que nous signerons un contrat.

54 ÉTATS : À propos du processus de paix au Soudan du Sud et de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et les discussions sur la revitalisation. Le programme de médiation mis en place à Addis-Abeba depuis le 5 février 2018 pour arbitrer la violence au Soudan du Sud se déroule dans une étrange atmosphère d'irréalité.

Ezekiel Lol Gatkuoth : Nous nous sommes engagés à Addis. Nous voulons la paix dans notre pays. C'est une mission qui nous appartient ! Ce n'est pas l'IGAD, ni la communauté internationale, ni aucun autre organisme qui y arrivera à notre place. Nous apprécions leur soutien et c'est tout.

Le président Salva Kiir a lancé un dialogue national et fédérateur. De ce dialogue accouchera la paix.

L'IGAD complète juste ce que nous faisons en tant que pays. Nous invitons l'opposition à revenir, à faire partie de la mise en œuvre de l'accord, puis la mise en place d'un processus de transition qui nous conduira d'ici à deux ans à la tenue d'élections démocratiques.

Nous voulons nous assurer que le président Salva Kiir, le premier vice-président Taban Deng Gai et le vice-président James Wani Igga resteront durant cette période de transition.  

54 ÉTATS : Concernant Riek Machar et sa détention en Afrique du Sud ?

Ezekiel Lol Gatkuoth : Riek Machar peut attendre la transition et quand le processus de transition sera terminé. Il pourra, s'il le souhaite se présenter aux élections. Si Riek Machar revient maintenant, il y aura la guerre, je vous le signe !

Si Riek Machar revient maintenant, il y aura la guerre, je vous le signe !

Ezekiel Lol Gatkuoth : La région a pris une décision. Riek Machar doit attendre. Il n'est même pas arrêté. Il est libre en Afrique du Sud et doit patienter durant l'organisation des élections. Et après, il fera ce que bon lui semble.

54 ÉTATS : C'est votre opinion. Un dernier mot ?

Ezekiel Lol Gatkuoth : L'économie de la République du Soudan du Sud est meilleure que l'année dernière. Maintenant, nous augmentons la production pétrolière, et continuons à explorer, explorer et explorer pour que nous puissions avoir plus de pétrole et donc une économie florissante. De meilleurs revenus pour le pays engendrent plus de services à offrir aux habitants. Ce pétrole appartient au peuple du Soudan du Sud, elle n'appartient pas au gouvernement.

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction