Les faits se sont déroulés le vendredi 19 juillet 2019, à Canteleu. Il est aux environs de 20H15. Mamoudou Barry circule à bord de sa voiture, son épouse à ses côtés. Ils se dirigent vers chez eux, là où son oncle et sa petite fille de 2 ans les-y attendent. Alors qu’ils passent prêt d’un arrêt de bus, un homme leur profère de multiples injures racistes :

Rouen : une marche blanche en hommage à Mamoudou Barry vendredi 26 juillet

La famille et les proches de Mamoudou Barry réclament justice

Les faits se sont déroulés le vendredi 19 juillet 2019, à Canteleu. Il est aux environs de 20H15. Mamoudou Barry circule à bord de sa voiture, son épouse à ses côtés. Ils se dirigent vers chez eux, là où son oncle et sa petite fille de 2 ans les attendent alors qu’ils passent près d’un arrêt de bus, un homme leur profère de multiples injures racistes :

Vous, les sales noirs, on va vous niquer vos races


Mamoudou s’arrête sur le bas côté espérant pouvoir raisonner calmement son agresseur présumé. C’est cette volonté d’échanger avec ses prochains qui lui coûtera la vie.


Ni une ni deux, sous les yeux de son épouse l’homme lui assène quatre violents coups de poing sur le torax et sur le visage. Le dernier coup lui sera fatal.


Mamoudou tombe à terre, sa nuque heurte le trottoir. Il ne se relèvera plus. L’agresseur présumé prend la fuite laissant sa victime au sol et son épouse désespérée. Conduit au CHU de Rouen, le père de famille succombera à ses blessures le lendemain matin.


Cette agression mortelle a suscité un vive émoi en France et en Afrique Subsaharienne.


La présidence Guinéenne très touchée par le meurtre du docteur Mamoudou Barry assure que

le gouvernement suit de très près l’évolution des enquêtes diligentées par les autorités françaises


Le président sénégalais Macky Sall, a lui aussi déploré ce « crime odieux ». La famille et les proches de Mamoudou Barry appellent en France à une marche blanche en sa mémoire, ce vendredi 26 juillet, tandis qu’à Conakry des associations veulent organiser un sit-in devant l’ambassade de France. Le cortège ralliera la place de l’esplanade de l’Université de Rouen à la Cour d’honneur du Palais de Justice de la ville, comme pour symboliser l’intérêt
que portait à la justice, le jeune doctorant.


La place où il a été sauvagement assassiné pourrait être renommée, en sa mémoire, la Place du Docteur Barry.

Son parcours

Mamoudou Barry, le franco guinéen était un enseignant chercheur de 31 ans. Il résidait à Rouen depuis 2012 où il avait posé bagage avec son ami d’enfance, Saïdou Diallo, consultant en Informatique à Lyon. Tatou Tounkara, journaliste pour 54 États a recueilli son témoignage.


"J’ai vu Mamoudou pour la dernière fois, le 28/06/2019 à Rouen.
Il avait soutenu la veille, sa thèse qui traitait des politiques fiscales et douanières en matière d'investissements étrangers en Afrique francophone. J’étais venu y assister.


Mamoudou m’a ensuite raccompagné à l’arrêt de bus. Après une longue accolade je suis reparti en direction de Lyon. Jamais je n’aurai pu imaginer que je ne le reverrai plus vivant. Il avait beaucoup de projets, notamment le développement d’un cabinet d’avocats en Guinée ou encore la création d’une école d’avocats. Il était également très actif auprès des jeunes étudiants guinéens.
Mamoudou et moi avons grandi dans le même village en Guinée. Mon ami était malgré son jeune un âge un sage, un conciliateur, un modèle pour moi … et tant d’autres.


Sa maman lui avait rendu visite à Rouen il y a quelque mois. Durant notre enfance, nos parents nous ont inculqué le respect de soi et d’autrui. Mamoudou gardait le sourire en toutes circonstances et osait à peine tutoyer ses aînés, tant il était respectueux. Sa veuve peut aujourd’hui compter sur notre soutien. Nous ferons tout notre possible pour que sa fille sache que son père était un grand homme.

Il a été victime d’un crime raciste, un crime barbare. La France a toujours été pour nous le pays des droits de l’homme. Je suis triste d’y voir qu’au 21ème siècle, on peut être assassiné parce qu’on est différent. Si la devise de la République française était respectée par chacun d’entre nous, nous pourrions vivre en harmonie. Je condamne le racisme, je demande que justice soit rendue pour Mamoudou Barry. Rien n’essuiera nos larmes. Rien ne pansera nos peines".


C’est sur ces mots que nous quittons le jeune homme inconsolable.
Il espère que la marche prévue ce vendredi 26 juillet se déroulera dans le calme comme l’aurait souhaité Mamoudou Barry.
 

Tatou Tounkara
Journaliste