Le Wax est un tissu fabriqué par des industries européennes pour le marché africain. Au fur et à mesure de ses recherches, l'anthropologue Anne Grosfilley, s'est rendue compte que le wax est l'objet de la rencontre de trois continents : l'Asie, l'Europe et l'Afrique. L'étude du wax lui est apparu comme une évidence jusqu'à devenir spécialiste du textile et de la mode en Afrique. Explications.

Culture : Le wax est né de l'impérialisme occidental et de la technique Batik indonésienne

Anne Grosfilley, l'Anthropologue spécialiste du textile et de la mode en Afrique

Le wax est un tissu fabriqué par des industries européennes pour le marché africain. Au fur et à mesure de ses recherches, l'anthropologue Anne Grosfilley, s'est rendue compte que le wax est l'objet de la rencontre au XIXème siècle, de trois continents : l'Asie, l'Europe et l'Afrique. L'étude du wax lui est apparue comme une évidence jusqu'à devenir l'une des spécialiste française du textile et de la mode en Afrique. Explications.

WAX

Anne grosfilley et le wax, plus de 20 ans d'étude

Son premier voyage sur le continent remonte à 1984. "Je suis partie en vacances au Togo avec ma famille pour rendre visite à mon oncle paternel qui y construisait des routes. J'ai visité l'Assigamé, "le grand marché" de Lomé, à l'époque où le wax fait la fortune des Nana Benz. J'avais alors douze ans." 

Les images colorées de ces femmes togolaises vêtues de wax nourissent sa conscience.

Anne Grosfilley retourne en Afrique de l'Ouest à 16 ans. Par chance, son lycée Montpelliérain est jumelé avec celui de Ouagadougou (Burkina Faso). Comme des milliers de touristes, Anne Grosfilley souhaite emporter en souvenir, un morceau de wax. Elle se rend en boutique, et la question de la vendeuse sera l'élément déclencheur de son parcours professionnel : "préférez-vous du wax "anglais" ou "hollandais" ? " Elle repartira du "pays des hommes intègres" avec une myriade de questions, d'incompréhension et surtout l'envie de comprendre l'origine de ce tissu. 

Plus tard, à Manchester, elle rencontrera quelques semaines avant la fermeture définitive du bureau de la société United Africa Company, le dernier représentant de la vente de wax hollandais Vlisco. Margaret Hickson décortiquera pour elle le répertoire iconographique du wax. Aujourd'hui, l'usine de production principale de wax se trouve à Helmond en Hollande tandis que les usines Woodin, Uniwax et GTP se trouvent en Afrique. 

Pari gagné

Aujourd'hui, tous les amoureux de l'histoire du wax connaissent Anne Grosfilley qui depuis plus de 20 ans sillonne les routes du wax, du kanga ou du shweshwe. 

Elle nous invite à découvrir à travers son ouvrage WAX&CO, paru aux Editions La Martinière en (2017),  l’histoire méconnue des imprimés d’Afrique. Un voyage textile inoubliable où le langage des dessins acquiert une nouvelle dimension.

Ouvrage Wax&Co

Le Wax, de l'impérialisme occidental au néo-colonialisme chinois

Considéré comme le tissu africain le plus emblématique, le wax est en réalité un produit que l'Europe a élaboré pour conquérir l'Afrique de l'Ouest.

Il aura fallu des années pour que le wax soit un produit identitaire africain. Cette cotonnade qui recouvre les coussins de nos canapés et autres objets de décoration pour la maison est avant tout un produit né de l'impérialisme occidental et de la technique Batik indonésienne industrialisée par les anglais et les hollandais. 

Depuis une dizaine d'années, l'hégémonie de Vlisco est de plus en plus contestée par l'incursion des Chinois dans le marché du wax.

À l'instar de Vlisco, les usines chinoises gèrent les phases de conception, production et commercialisation de leurs tissus Wax en Afrique (le wax Soso). Ils vendent des copies des collections Vlisco nettement moins chers et cette pratique fait le bonheur de ceux qui n'accordent aucune importance à la qualité du produit qu'ils vendent informe Anne Grosfilley.

La Chine, dans sa stratégie d'avalement de l'Afrique a réalisé une main-mise sur l'industrie textile africaine et européenne en Afrique. Une situation à suivre. 

 

 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction