C’est une histoire comme on les aime : une histoire qui chante les vérités et vertus de l’amitié et de la musicalité. Avec Musique de Nuit …

Critique

L'échappée sonore de B. Sissoko & V. Segal

C’est une histoire comme on les aime : une histoire qui chante les vérités et vertus de l’amitié et de la musicalité. Avec Musique de Nuit (label : NØ FØRMAT/A+LSO)Ballaké Sissoko & Vincent Segal propose une échappée sonore loin de la fureur de la vie et des contingences du quotidien. 

En 2009, le joueur de kora Ballaké Sissoko et le violoncelliste Vincent Segal décident de saisir dans un album les conversations instrumentales qu’ils aiment tisser à quatre mains depuis plusieurs années. Enregistré à Bamako dans le studio de Salif Keita, Chamber Music, qui sera sélectionné dans les meilleurs albums de l’année pour la NPR, The Guardian ou Le Monde, s’attire un véritable plébiscite critique et public, débordant le cadre des genres, des modes, des frontières. Depuis, la musique du duo, d’une grande noblesse d’esprit et d’une profonde simplicité de mise, n’a cessé de promener sa beauté universelle à travers le monde. Au gré de deux cents concerts, telle une reine nomade et nue, elle s’est projetée de l’Europe à la Chine, des Etats-Unis au Brésil, parcourant les salles prestigieuses – Théâtre de la Ville, Barbican Centre de Londres, Wiener Konzerthaus, Fundação Gulbenkian de Lisbonne, Bloomington Jacob School of Music (master class)... - et des festivals aussi divers que Womad, Chicago World Music Festival, Cartagena Musicas do Mundo ou Jerusalem Sacred Music Festival..!

Six ans après Chamber Music, la complicité entre les deux hommes, qui n’a cessé de s’enrichir et de se s’épanouir au fil de leurs périples, résonne plus que jamais dans Musique de nuit. Capté en janvier 2015, au cœur palpitant de Bamako, ce nouveau traité de virtuosité sensible est le fruit de deux sessions prises sur le vif : l’une, nocturne, sur le toit de la maison de Ballaké Sissoko ; et l’autre, diurne, dans une pièce du studio Bogolan. Deux faces d’une même liberté en marche et en actes, où semblent se fondre en de limpides échos les esprits mandingues, baroques, brésiliens, gitans... Cette liberté, c’est celle de deux musiciens suffisamment maîtres de leur instrument, de leur art et de leurs traditions, pour pouvoir se concentrer désormais sur tout ce qui les transcende et les dépasse : la respiration, l’écoute, le dialogue, l’attention à la beauté de l’instant. A l’abri des terribles grondements de l’actualité, Musique de Nuit célèbre ce qui rend ce monde encore poétiquement habitable. Loin de sa fureur, et au plus près de ses frémissements.

Rédaction
Journaliste