L’évolution actuelle de la crise syrienne est en train de mettre à mal les efforts déployés pour trouver une solution politique au conflit. Pourtant, en France, le syrien Mohamad Izzat Khatab décide de sortir de l’ombre pour proposer un plan Marshall pour la Syrie. Rencontre à Paris avec le président de l'ONG La Syrie pour tous.

INTERVIEW EXCLUSIVE : Mohamad IZZAT KHATAB

"Je veux assurer le retour de la Syrie dans le concert des nations"

L’évolution actuelle de la crise syrienne est en train de mettre à mal les efforts déployés pour trouver une solution politique au conflit. Pourtant, en France, le syrien Mohamad Izzat Khatab décide de sortir de l’ombre pour proposer un plan Marshall pour la Syrie. Rencontre à Paris avec le président de l'ONG La Syrie pour tous.

La Syrie pour tous, le parti politique de Mohamad Izzat Khatab

54 ÉTATS : Pourquoi vous sentez-vous si impliqué par le conflit en Syrie ? 

Mohamad Izzat Khatab : Madame, votre question colle tout à fait à l’état d’esprit mondial. Et vous, que faites vous pour la paix en Syrie ? Quelle émotion cela génère en vous d'apprendre que des milliers de syriens sont morts depuis 2011 ou que des jeunes syriennes, qui ont votre âge sont obligées de fuir leur pays à cause de la guerre ?

D’une part, je suis syrien et toute ma famille réside en Syrie. D’autre part, ma fortune, je ne l’emporterai pas dans ma tombe. Autant qu’elle serve à aider à la reconstruction de mon pays, à améliorer l’avenir des syriens avec le plan Khatab. Et pour m’en assurer, pour garantir qu’il n’y aura plus jamais ça dans l’histoire de mon pays, je veux que les syriens puissent avoir le choix de celui qui les aidera à l’après-guerre et ainsi à retrouver résilience et stabilité.

54 ÉTATS : Qu'est-ce que c'est le plan Khatab ?

Mohamad Izzat Khatab : C'est une étude qui présente les solutions économiques pour la reconstruction de la Syrie et le rapatriement des réfugiés dans leurs foyers. 

54 ÉTATS : Ambitionnez-vous de devenir président de la Syrie ? Comment composeriez-vous avec la Russie ?

Mohamad Izzat Khatab : Je suis un homme de paix. Et j'agis pour la paix dans mon pays.

Les gouvernements russe et syrien forment une coalition avec en parallèle, une implication militaire composée d’au moins 12 pays. Le but que nous devrions tous avoir et que nous avons tous en majorité est de combattre nos ennemis : Daech, Al-Qaida et ceux du Front el-Nosra, ainsi que tous leurs associés terroristes.

Lorsque nous aurons la certitude que les villes de Raqqa, Deir ez-Zor, et la dernière poche de la Ghouta orientale sont libérées, il faudra laisser une chance au processus politique pour obtenir la stabilité et c’est ce que le président Poutine sait parfaitement aussi bien d’ailleurs que les garants du processus d’Astana. Ce qui a été obtenu militairement doit à présent être stabilisé pour permettre en urgence des évacuations sanitaires, une assistance médicale et le retour des réfugiés. La Syrie, c’est aujourd’hui : plus de 340.000 morts, plus d'un million de blessés, près de 5,6 millions de syriens qui ont quitté leur foyer, plus de 6,6 millions d’autres déplacés à l’intérieur du pays et toujours 13,1 millions de personnes dont une majorité de femmes et d’enfants en attente d’assistance.

54 ÉTATS : Par quoi doit passer le processus de construction de la paix en Syrie ?

Mohamad Izzat Khatab : Nous devons être bien préparé à la négociation, avoir de la patience stratégique et une forme de créativité laissant place à l’imprévu. Je suis convaincu que la diplomatie a une chance et encore plus convaincu qu’il n’y a pas d’autres alternatives que la paix.

Récemment, le Conseil de sécurité de l’ONU exigeait une cessation sans délai des hostilités d’au moins 30 jours consécutifs pour instaurer une pause humanitaire.

Moi, je crois que l’heure de la paix définitive a sonné ! 

54 ÉTATS : Selon vous, quelle est aujourd’hui la principale entrave à une solution de paix dans le conflit syrien ?

Mohamad Izzat Khatab : Le manque de confiance des uns envers les autres. Le gouvernement actuel suppose que ceux qui lui sont opposés sont des terroristes. Et l’opposition affirme que jamais Bachar el-Assad ne négociera de manière honnête, dans un processus libre et démocratique. Et si nous commencions par nous faire confiance, en dialoguant les uns et avec les autres ?

54 ÉTATS : N’est-ce pas un tantinet utopique ?

Mohamad Izzat Khatab : Je ne suis ni déconnecté de la réalité, ni en train de concevoir des schémas irréalisables. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le Secrétaire général des Nations Unies qui qualifie la Syrie "d’enfer sur terre". Diriez-vous là que c’est poétique ou complètement réaliste ?

54 ÉTATS : Qu’avez-vous pensé des frappes aériennes menées en Syrie le 14 avril par trois membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU : la France, Les États-Unis et le Royaume-Uni ?

Mohamad Izzat Khatab : Je suis inquiet dès lors que des actions non autorisées par le Conseil de sécurité de l’ONU sont menées. Oui, il s’agissait d’une manière de dissuader toute utilisation future d’armes chimiques mais de manière illégitime en vertu du droit international. La France et les États-Unis soutiennent avec leur preuve qu’il s’agissait d’une réplique militaire et à caractère humanitaire, à l’attaque chimique survenue une semaine auparavant à Douma. Une action dont les services de renseignement français sont convaincus que Bachar el-Assad est le responsable.

"Moi, je lance un appel mondial pour mettre fin au conflit syrien et je souhaite la mise en place du plan Khatab pour reconstruire la Syrie ravagée par plus de 7 ans de guerre. Je veux assurer le retour de la Syrie dans le concert des nations"

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction