Certainement sans s’en rendre compte, l’architecte togolais Claude Attila et son partenaire congolais le génie informaticien Tiburce…

Claude Attila, l'architecte togolais qui prône le retour à l'argile

ENTRETIEN

Certainement sans s’en rendre compte, l’architecte togolais Claude Attila et son partenaire congolais le génie informaticien Tiburce Wenceslas Mboli poussent la classe politique et les pouvoirs publics africains à se mettre en ordre de marche. Et cette marche va dans le sens du social business. L’Afrique dans son ensemble pense économie verte et ces deux hommes, avec leur volonté de promouvoir les technologies de dernières générations pour un développement durable dans les domaines du Génie civil et du bâtiment l'ont bien compris. Rencontre à Paris avec Claude Attila, co-fondateur de WenCL Consulting.

 

54 ÉTATS : Monsieur Attila, pourriez-vous nous présenter brièvement votre parcours professionnel ?

Claude Attila (C. L) : J’ai débuté ma carrière professionnelle en 1989 avec la société S.I.D.F (Structures Ile de France) sur le chantier du siège d’Air France à Roissy pôle.

La suite de mon parcours fut jalonné d’expériences acquises aux travers de grands chantiers tels que :

  • Le techno centre Guyancourt (centre de conception des véhicules Renault dans les Yvelines)

  • Le centre de fibre optique Exodus à Bezon avec Bouygues

  • Le siège de France Télévision Paris 15ème avec DBS France Sol

  • L’hôpital Européen Georges Pompidou Paris 15ème avec DBS France Sol

  • La Gare TGV de Lille avec Spie Batignolles

  • Fallwiezen hôtel et suite hôtel le Méridien à Zurich (Suisse) avec Losinger  (Bouygues Suisse)

  • Le tunnel du Rizanèze à Santa Lucia Di Tallano (Corse) avec Razel Bec

  • CMF (Clinique Médicale les Flamboyants) au Burkina Faso

  • Ligne tram T6 à Viroflay avec BIEP (Eiffage Travaux Publics)

Actuellement, je suis en contrat de chantier avec le groupe Eiffage France sur le projet du Grand Paris en tant que consultant en méthodes.

54 ÉTATS : Le projet du Grand Paris a été initié sous Nicolas Sarkozy en 2007 pour transformer l’agglomération parisienne en une grande métropole du 21ème siècle, une ville-monde. Vous participez avec Eiffage France à ce projet en qualité de consultant en méthodes ; diriez-vous que Paris est en retard en matière d’écologie et de transition énergétique ?

C. L : Quand bien même la France veut rester exemplaire en terme d’écologie, les retards ne font que s'accumuler sur les énergies renouvelables, la qualité de l'air et de l'eau ou encore la biodiversité. Lors de la COP 21, notre part d’énergie renouvelable était à 20% de la consommation d'électricité nationale. L'objectif du 100% pour 2050 est loin d’être atteint. Les dernières statistiques mondiales publiées portant sur le seul CO2 (et non pas sur l'ensemble des gaz à effet de serre), révèlent que les émissions de la France sont encore reparties à la hausse. Au niveau européen, la France se classe au quatrième rang des pays émetteurs de CO2, derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni  et l’Italie.

54 ÉTATS : Parlons de la société WenCL Consulting que vous avez co-fondé avec votre partenaire Tiburce Wenceslas Mboli. D’où vous vient ce besoin de respecter autant l’environnement ? Est-ce que c’est juste pour surfer sur la vague africaine de l’économie verte ?

C. L : De nos jours, nous savons tous ce que nous réservent les retombées du réchauffement climatique causé par nos propres productions et rejets de gaz à effet de serre. Loin d’une histoire de mode ou de tendance, nous avons opté pour l’utilisation des matériaux respectant  l’environnement. 

Le bloc béton et le parpaing ciment sont des matériaux qui rejettent énormément de CO2 dans l’environnement habitable et la nature. Pour information, selon une étude réalisée par l'Agence Française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) pour une maison individuelle, l’impact carbone en Kg de CO2 / m2 construit est de 140 Kg pour le bois, 150 Kg pour le bloc béton comme le parpaing en ciment, et 50 à 40 kg de CO2 /m2 pour un mur en BTC.

Le BTC est le matériau de construction en tête de part cette étude en terme de respect des exigences de construction attendues pour une qualité de vie meilleure et durable. 

Pour vivre dans une maison saine et durable, il faut choisir des matériaux qui n’altèrent pas la santé des habitants.

54 ÉTATS : quels sont tous les avantages que vous trouvez à utiliser ces matériaux ?

C. L : Préserver la santé des occupants ; diminuer l'impact écologique de la production des matériaux, c'est-à-dire limiter l'énergie nécessaire à leur fabrication et mieux gérer les déchets qu'ils génèrent en fin de vie (recyclage) ; limiter les rejets toxiques durant le transport des produits, utiliser des matériaux et des techniques efficaces contre les déperditions d'énergie.

54 ÉTATS : Diriez-vous que vous êtes un baubiologiste ?

C. L : Les belles idées écologiques ne datent pas d’aujourd’hui. Néanmoins, il est toujours nécessaire de rappeler l’importance du terme écologie dans le domaine de la construction.

Construire de manière écologique signifie construire de façon à ménager au maximum possible l’environnement en perturbant le moins possible les cycles naturels. A commencer par une consommation minimale de matériaux et de ressources, puis en utilisant le plus possible des matériaux naturels et renouvelables, qui nuisent le moins possible à l’environnement sur l’ensemble de leur cycle de vie, à savoir depuis leur extraction, transformation, transport, construction et recyclage.

Mon objectif est plutôt de garantir à travers mes conceptions et réalisations, le bien être dans notre monde actuel sans compromettre celui des générations futures

54 ÉTATS : Qu’est-ce qui vous intéresse le plus : les problématiques sociales ou les problématiques écologiques ? 

C. L : L'impact social occupe la première place dans notre programme d’accessibilité d’un logement à tous.

54 ÉTATS : Utiliser des matériaux sains au profit du ciment est un réel défi. Quels obstacles rencontrez-vous sur le terrain ?

C. L : Il est tout à fait normal que nous nous rencontrions des obstacles et principalement venant de la gigantesque usine à ciment et ses distributeurs qui pour l’heure n’ont pas d’impact financier majeur dans leur chiffre d’affaire. Cela ne nous freine pas dans notre volonté et lutte  pour la promotion de matériaux sains dans la construction pour une qualité de vie durable et un environnement meilleur, au contraire cela nous encourage davantage car nous pensons que c’est la bonne démarche pour l’Afrique.

54 ÉTATS : Y a-t-il une esthétique des constructions éco-responsables ?

C. L : De plus en plus de projets d’une grande qualité technique et esthétiques, réalisés en terre crue, méritent d’être connus du grand public et reconnus par les professionnels. Nos prédécesseurs voulant aller trop vite en besogne, misant prioritairement sur l’aspect financier de cette activité ont négligé évidemment l’aspect esthétique de cette magnifique découverte le BTC. Il existe bien une esthétique à recréer pour cette nouvelle technologie. Le tout est de respecter les méthodes, les règles de l’art et les caractéristiques techniques qui doivent s’inscrire dans le cadre du développement durable. J’y travaille sans cesse.

54 ÉTATS : Question pratique : combien de temps vous faudrait-il pour réaliser 1000 logements sociaux dans un pays d’Afrique centrale par exemple et quelle est la logistique à adopter ? Recruter-vous votre main d’œuvre localement ou avez-vous toujours les mêmes forces vives avec vous ?

C. L : Les conditions, les paramètres de fabrication des blocs, la logistique diffèrent d’un pays à l’autre. Tout dépend de la distance qui sépare la carrière d’approvisionnement en latérite et le site de réalisation. Par expérience, nous sommes en mesure de réaliser 1000 logements sociaux dans un pays de l’Afrique centrale dans un délai  moyen de douze à dix-huit mois avec une ou deux machines capables de produire 4000 à 5000 blocs par jour.

Nous avons un certain nombre de poseurs expérimentés avec qui nous démarrons obligatoirement tout chantier quel que soit le pays et qui transmettent progressivement leur savoir-faire à une main d’œuvre locale. Cela fait partie de notre politique de création d’emploi local.

54 ÉTATS : Pour finir, parlez-nous de l’un des bâtiments que vous avez construit et dont vous êtes très satisfait.

C. L : Il nous arrive rarement en tant qu’architecte en quête permanente de perfection d’être satisfait. En ce qui me concerne, je laisse toujours mon client donner cette appréciation au moment de la levée des réserves. La réalisation d’une villa témoin relatant mes dernières conceptions auxquelles j’attribue le nom de ‘‘bâtiments hybrides’’ est prévue en Côte d’ivoire dans les mois à venir. Vu les milliers d’heures et nouvelles idées apportées à cette nouvelle conception, j’espère que la réalisation reflète exactement l’aspect attendu pour que le futur promoteur soit d’abord fier de son investissement et que moi aussi par la suite je puisse être en mesure de vous manifester mon entière satisfaction.

Parler d’une de mes réalisations pour laquelle je suis très satisfait vous fera naturellement plaisir de l’entendre. Mais j’aimerais plutôt partager ce plaisir avec vous en vous invitant à venir découvrir de vos propres yeux mon prochain chef-d’œuvre d’ici quelques mois à Abidjan. 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction