Les derniers indicateurs actualisés relatifs à la situation économique de la Tunisie durant l’année 2015 laissent apparaître des grandes…

La situation économique de la Tunisie : défis et controverses !

Contribution

Les derniers indicateurs actualisés relatifs à la situation économique de la Tunisie durant l’année 2015 laissent apparaître des grandes pressions sur l’économie du pays ainsi que d’importantes fragilités dans plusieurs secteurs avec notamment un taux de croissance bien faible (0,7% au 30 septembre 2015) conjugué à une inflation galopante (5 % officiellement mais qui dépasserait les 10% si on fiabilise les méthodes de calcul), un endettement publique accru (53 %) et un chômage conséquent (15 %) !

Une vraie stagflation qui s’installe dans un pays économiquement à bout de souffle ! Les lâches attentats terroristes du Bardo, de Sousse et le dernier en date contre la garde présidentielle ainsi que l’insécurité persistante dans certaines zones et vers les frontières libyennes notamment, handicapent encore la relance économique de la Tunisie et n’arrangent pas les choses. La question majeure qu’il importe de poser aujourd’hui consiste à savoir comment la Tunisie peut sortir de ce marasme économique et renverser la vapeur en mobilisant toutes les énergies et toutes les composantes de la population, afin d’apporter les réponses idoines à même de relever les nombreux défis qui se posent à la société tunisienne après plus de quatre années de tâtonnement et de pilotage à vue ? Des mesures courageuses doivent être prises rapidement et un train de réformes doit se mettre en place afin de libérer les initiatives et d’orienter résolument toutes les bonnes volontés vers la reconstruction du pays.

Pour 2015, le ralentissement des importations de matières premières, la poursuite de la baisse des importations des biens d’équipement, les difficultés vécues par les principaux secteurs de services (tourisme, transport...) où les baisses apparaissent quasiment au niveau de tous les indicateurs, et le climat social tendu entraînant des menaces de grèves conséquentes sur le secteur privé, tout cela n’augure pas d’un bon démarrage de la nouvelle année 2016 et certainement le trend de croissance à fin 2015, en l’absence de décisions courageuses, sera inférieur à celui des années d’avant si l’on tient compte des difficultés accrues au niveau du secteur touristique et des activités connexes, en particulier le transport aérien mais aussi le secteur minier et le ralentissement des IDE.

Quant aux grands équilibres, le déficit commercial demeure important avec une moyenne d’un milliard de dinars par mois et le déficit courant de la balance des paiements se maintient à des niveaux élevés 7 – 8 % annuel. Le dinar tunisien est bien touché et enregistre des dépréciations à des niveaux de taux à deux chiffres par an. Par ailleurs, la Tunisie est entraînée depuis 2011 dans un accroissement de l’endettement extérieur avec un service de la dette qui est de l’ordre de 5,7 milliards de dinars en 2015. En 2017, cette rubrique du budget de l'État dépassera même les 8 milliards de dinars ! La situation devient et deviendra encore plus insoutenable, il en va même des équilibres financiers et des fondamentaux économiques du pays qui sont déjà bien touchés !

Le plus préoccupant c’est que l’endettement additionnel depuis le 14 janvier 2011 ne sert pas à l’investissement et au développement, mais à la consommation et au « colmatage » des brèches qui deviennent bien profondes au niveau des comptes publics ! En outre, les récentes augmentations salariales consenties faisant passer la masse salariale publique de 11,2 milliards de dinars à 12 milliards de dinars (13 milliards de dinars prévus en 2016 !) est de nature à accroître encore plus l’endettement improductif de valeur et à entraîner la Tunisie vers un véritable phénomène de Credit Crunch ! Les autorités financières du pays doivent faire preuve de prudence et de retenue à ce niveau et surtout à plus de courage politique et de responsabilité envers l’État et envers les générations futures qui risquent d’hériter d’un pays sous tutelle économique et financière !

Moez Joudi, économiste.

Rédaction
Journaliste