Vendredi 19 janvier 2018. Jour de projection de l’avant-première du documentaire JANE, produit et diffusé par National Geographic à l’Unesco. Là, assise au cœur de cette immense foule de spectateurs venus d’ici et d’ailleurs découvrir ou revoir le roman-photo de sa vie. Elle, l’unique primatologue, qui dans les années 60 a eut le courage ou la naïveté de braver tous les regard, défier toutes les critiques pour une cause : révolutionner notre vision sur les singes et ainsi financer ses premières recherches. Une dame au grand cœur qui mérite un portrait.

Entre les Chimpanzés et l’Homme, il y a Jane Goodall

Une planète, une vie, une nature

Vendredi 19 janvier 2018. Jour de projection de l’avant-première du documentaire JANE, produit et diffusé par National Geographic à l’Unesco. Là, assise au cœur de cette immense foule de spectateurs venus d’ici et d’ailleurs découvrir ou revoir le roman-photo de sa vie. Elle, l’unique primatologue, qui dans les années 60 a eut le courage ou la naïveté de braver tous les regard, défier toutes les critiques pour une cause : révolutionner notre vision sur les singes et ainsi financer ses premières recherches. Une dame au grand cœur qui mérite un portrait.

Jane auprès d'un Chimpanzé qui l'a adopté et lui a fait confiance

 

La petite anglaise ordinaire aura vécu quarante ans à Gombe, au nord-ouest de la Tanzanie, en Afrique de l’Est. À 26 ans, partie de rien, sans diplôme, sans connaissance aucune sur l’Afrique, ses forêts et sa pénombre ; quelques économies en poche, et Jane Goodall, sereine, s’envolait avec son sac à dos remplie d’espoirs, et de volonté à la découverte de nos ancêtres, les Chimpanzés pour y accomplir, sans le savoir, par ses actions, un destin extraordinaire.

De la persévérance et du culot,  il en aura fallu pour que cette silhouette gracile au visage doux et à la chevelure « soleil » s’immisce seule dans la colonie de ces grands singes, au point d’établir un contact physique avec eux (ce qui aujourd’hui, et après diverses grandes épidémies étendues de poliomyélite n’est plus autorisé). Arpenter chaque jour, vêtu de son short en tissu et de ses petites Tennis à la toile fine, la cinquantaine de kilomètres qui constitue ce qui est devenue en 1968, le parc national de Gombe Stream ou le repère de sa famille : les Chimpanzés. Un combat plus grand qu’elle, une force déconcertante presque surnaturelle habitant cette si belle âme à l’humilité sans fin.

Impertinente, folle, inculte, déraisonnée. Jane Goodall aura essuyé toutes les bassesses de la cour anglaise. Dans les années 60, comment les travaux d’une jeune femme s’ignorant elle-même scientifique pouvaient-ils permettre des découvertes sur l’espèce humaine exotiques ?

Grâce à ses heures entières d’observations en solitaire, prises de notes et études, Jane passionnée et amoureuse des animaux, nous apprendra que ces primates sont capables de fabriquer et utiliser des outils, ou encore chasser pour se procurer de la viande. Qu’ils sont capables de nourrir des sentiments de tendresse, jalousie ou de coups de sangs meurtriers entre eux…comme nous, les Hommes.

À force de révélations et confidences sur ses travaux à la presse, la National Geographic Society décide de lui envoyer un photographe-cinéaste pour apporter par l’image la preuve de ses renseignements. Farouchement opposée à l’idée qu’un inconnu pénètre dans sa bulle, la stratégie médiatique s’avéra finalement payante. D’une pierre deux coups, Jane a épousé Hugo van Lawick, donné naissance à un fils et financée de manière pérenne ses recherches qui ont révolutionné notre regard sur les singes.

Hugo van Lawick et Jane à Gombe Stream en train d'observer les chimpanzés

 

Dans les années presque 90, Jane a une conscience aiguisée de la menace qui pèse en Afrique sur les chimpanzés. Une espèce menacée par les braconniers. Elle oscille ainsi entre ses travaux de scientifique et son essence révélée d’activiste. Le doute l’assaille confie t-elle lors d’une interview donnée à Camille Juzeau pour Reliefs : « je ne savais pas vraiment quoi faire : retourner dans la jungle, documenter la vie des chimpanzés, comprendre les enjeux du développement en Afrique, l'extrême pauvreté, le besoin des habitants de déforester pour pouvoir se loger... » In fine, elle optera pour « améliorer les conditions de vie des populations locales d'une manière très, disons holistique, principalement dans les sept pays abritant des populations de chimpanzés. » Peu de temps après, elle donnera sa première conférence pour National Geographic.

Force est de constater, six décennies plus tard, que la National Geographic Society aura eut raison ! Ils ont subventionné ses travaux dans la jungle dès le départ, via la fondation du primatologue Louis Leakey, puis ont cessé de les financer quand la recherche s’est transformée d’après eux en programme d’éducation avec l’arrivée d’étudiants. Une phase difficile pour Jane et son mari mais, pas fou pour autant, le magazine National Geographic a fait de Jane leur figure de proue et en 1977 la primatologue créa l’institut Jane Goodall.

L’institut existe toujours, développe un programme d’éducation appelé Root and Shoots et forme de futurs experts de la conservation dans une centaine de pays pour une cause : une planète, une vie, une nature.

 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction