Personne ne doutait vraiment de l’issue de la présidentielle du 10 avril. Idriss Déby lui-même affirmait pouvoir l’emporter au premier tour…

Idriss Déby où l’art de jouer à qui perd gagne

Analyse

Personne ne doutait vraiment de l’issue de la présidentielle du 10 avril. Idriss Déby lui-même affirmait pouvoir l’emporter au premier tour. Plus qu’une possibilité, une volonté.  Le président tchadien a su se rendre incontournable. Pas question de laisser le terrain à la dissidence. Le temps de l’élection passée, qui en parlera encore ?

Il y a bien évidemment les opposants qui hurlent au « hold-up ». Normal. Il y a ce vice-président de la Commission électorale nationale indépendante qui démissionne avant la sortie des résultats partiels. Un signe. Et puis il y a ceux du sérail. Les acharnés qui rivalisent de mauvaise foi pour célébrer la victoire « incontestable » du chef. Les « pragmatiques », appelons-les comme cela, qui se contentent d’un énigmatique mais tellement révélateur : « qui d’autre que Déby ? » De fait, dans le petit monde des experts de l’Afrique aux énormes réseaux, la rumeur enfle : « le président Déby a perdu dans les urnes ! » Peut-être. Ce qui est certain c’est que le commandant en chef de l’armée tchadienne a lui gagné. Son précieux soutien à la France dans ses aventures africaines s’avère plus que payant.

Ce 5e mandat était une évidence pour tout le monde. A commencer par le Quai d’Orsay. Le 31 mars 2016, Jean-Marc Ayrault expliquait ainsi avec la plus grande sérénité que « ce qui est important au Tchad, c’est d’observer si l’opposition participe à ces élections ». A croire que la crédibilité d’un scrutin pour la France se joue à cette seule condition. Toujours selon le ministre des Affaires étrangères, un boycott aurait été « un signe très inquiétant ». Allez dire ça à ceux qui refusent les mascarades électorales sans jamais être entendus ou soutenus. En fait, c’est surtout dans cette autre parole que se résume la position française : « Le souhait que nous pouvons exprimer, c’est que ces élections se passent dans le calme. » La France (et les autres) réclame donc le « calme » au Tchad et rien de plus.

Pour rappel, N'Djamena sert de base arrière à l'opération Barkhane et la capitale tchadienne accueille aussi des forces américaines, discrètes, qui forment les Tchadiens et mènent des opérations de renseignement au Sahel. 

Rédaction
Journaliste