Il n’y aura pas de privatisations en Tunisie

Le gouvernement et l’UGTT s’engagent

Le gouvernement tunisien pouvait-il faire autrement que de satisfaire les revendications de l’UGTT ?

Il n’y aura pas d’augmentation des produits alimentaires de base. Il n’y aura pas également de privatisations des entreprises publiques.

Une réunion marathon (de quatre heures) entre le gouvernement et l’Union  Générale Tunisienne du Travail (UGTT), organisée le 27 novembre 2017, a décidé de trancher au niveau de deux dossiers importants et sensibles à l’heure où le chef du gouvernement, Youssef Chahed, veut faire passer son Projet de Loi des Finances (PLF).

Un projet largement critiqué parce que jugée contenir beaucoup d’impôts et de taxes. A commencer par cette UGTT qui entend pour sa part défendre le pouvoir d’achat de la classe ouvrière.

Les deux décisions engagées au cours de la réunion du 27 novembre 2017 sont perçues à Tunis comme une victoire de l’UGTT et une concession de la part d’un gouvernement que l’on présente comme faisant l’objet de nombreuses pressions d’un Fonds Monétaire International (FMI). Qui avance, ici comme ailleurs, avec sa batterie de réformes dont un désengagement de l’Etat du domaine concurrentiel et une vérité des prix. Ce qui sous-entend l’abandon des politiques de compensation.

Le déficit de nombreuses entreprises publiques en Tunisie est un grand souci du gouvernement qui entend se débarrasser d’un fardeau important pour le budget de l’Etat. Des entreprises qui ne respectent pas toujours les règles de bonne gestion. Et qui seraient, du moins pour certaines d’entre elles, et selon Chawki Tabib, président de l’Instance Nationale de Lutte Contre la Corruption (INLUCC),  "minées par la corruption".  

Eviter le pire

Le gouvernement tunisien pouvait-il faire autrement que de satisfaire les revendications de l’UGTT ? La question est largement posée en Tunisie notamment eu égard à la force de mobilisation de la principale organisation syndicale (quelque 750 000 adhérents). D’autant plus que le citoyen ne cesse de critiquer un gouvernement qui n’arrive pas à combattre une inflation galopante (5,7%).

Le gouvernement  a-t-il souhaité gagner l’adhésion à ses réformes futures d’une organisation qui compte en lâchant du lest sur quelques dossiers ? Ce qui est semble sûr, c’est que des deux côtés, il y a une réelle volonté d’éviter le pire. Les dirigeants au niveau des instances publiques comme au niveau des syndicats savent que la Tunisie d’aujourd’hui, largement fragilisée,  ne sortira pas indemne d’une secousse sociale.

Un différent entre le gouvernement et l’UGTT en 1978 a déstabilisé le pays faisant entre (selon différentes sources) 46 et 200 morts.

Nous en sommes évidement pas là. Mais tout le monde sait que tout est possible.     

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie