Après un scrutin présidentiel sous tension, quatre candidats opposants à Denis Sassou-Nguesso, président sortant,  qui cumule 32 ans…

Congo : « On tue à huis clos. »

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Après un scrutin présidentiel sous tension, quatre candidats opposants à Denis Sassou-Nguesso, président sortant,  qui cumule 32 ans au pouvoir, contestent les résultats, de ce qui est jugé comme un « hold up » électoral. Au Congo Brazzaville la tension monte : arrestations d’opposants, violences contre les population, communications coupées… À Paris, jeudi 14 avril, Benoit Koukébéné, ancien ministre des Hydrocarbures tenait une conférence de presse pour parler de la situation du pays, près d’un mois après la tenue du scrutin.

« Massacres de masse »

«Dans mon pays, et chacun le sait, les portes sont closes. Il y a deux semaines, c’était pour y frauder. Et, à présent, pour y massacrer à huis clos. »  Benoit Koukébéné, ancien ministre des Hydrocarbures, à l’époque de la présidence de Pascal Lissouba, en exil en France depuis 20 ans, ouvrait sa conférence de presse à propos du vote du 20 mars dernier. 

Depuis la proclamation des résultats la tension n’est pas retombée et la population est réprimée dans la violence, dans la région du Pool, au sud de Brazzaville. L’opposition parle de centaines de morts, et de plusieurs milliers de déplacés. Des chiffres difficile à vérifier : médias et organisations internationales ne pouvant accéder à la zone.

Reste que le Haut-Commissariat au droits de l’homme de l’ONU (HCDH) a publié un communiqué le mercredi 13 avril dans lequel on peut lire l’inquiétude de l’organisation : «  Des rapports très alarmants émanent de la République du Congo sur une opération de sécurité menée, semble-t-il, par le gouvernement dans une zone située dans le sud de Brazzaville et dénommée le Pool. »  Le communiqué du HCDH parle de rapports faisant état « de possibles violations des droits de l’homme en République du Congo, en particulier dans le cadre des opérations de sécurité qui sont menées contre des chefs de l’opposition et leurs partisans » et parle également d’arrestations massives, de déplacements de population de meurtres et de cas de torture en détention.

Benoit Koukébéné a commencé par dénoncer les violences, mettant bout à bout les morts et blessés des différents mouvements de contestation qui ont eu lieu sous les différents mandats de Denis Sassou-Nguesso depuis 1997. Pour lui la situation de massacres de masse s’apparente à un génocide, souligne-t-il.

Aujourd’hui l’ancien ministre pointe du doigt l’immobilisme des chancelleries, au risque de voir ce produire « une guerre de dislocation ».

Joint par téléphone l’opposant Jean-Marie Mokoko, crédité de 7,5% des voix, selon les chiffres du gouvernement, a raconté les difficultés qu’il a rencontré pour déposer sa candidature, l’intimidation dont il a été victime et est revenu brièvement sur la vidéo publiée sur les réseaux sociaux, qui l’incrimine d’avoir voulu mené un coup d’État. Une vidéo qui daterait en fait de 2003 et dans laquelle le candidat juge avoir tenu des propos légers, face à des gens qui voulaient le piéger.

Risque d’insurrection

Si la situation décrite semble nécessiter des mesures d’urgence, Benoit Koukébéné en appel à l’ouverture d’un dialogue avec Denis Sassou-Nguesso : « Le hold up électoral en cours ne durera qu’un temps (…) Denis Sassou-Nguesso a des armes de destruction massives et nous lui opposons la force du peuple et les armes de la concertation et du dialogue. »

Un dialogue contraint, puisque l’ancien ministre parle également de mobiliser les pays de la sous-région mais également occidentaux pour mettre une médiation en place. Pour lui Denis Sassou-Nguesso doit partir. Et l’utilisation de la force contre la population peut finir en insurrection souligne-t-il : « Lorsqu’un peuple est acculé, lorsqu’un peuple est massacré, le peuple a droit à l’insurrection. »

Dans d’autres termes le Parti socialiste français avait jugé « non crédible » le résultat de l’élection, et appelait l’Union Africaine et l’Union Européenne afin de prévenir « une crise majeure pour la région ». 

L’investiture de Denis Sassou-Nguesso doit avoir lieu samedi 16 avril. La candidate malheureuse du Mouvement pour l'unité, la solidarité et le travail, Claudine Munari Mabondzo, qui a dénoncé un état de guerre et une absence totale de liberté d’expression, a appelé à un rassemblement pour la paix, le vendredi 15 avril, mais, selon M. Koukébéné, son domicile est encerclé, en signe de répression de la part des autorités.


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