C’est l’histoire de « quatre garçons dans le vent » qui, loin des clubs de Liverpool et de Londres ou des scènes hyperbranchées…

Musique

Les Songhoy Blues partis... pour rester !

C’est l’histoire de « quatre garçons dans le vent » qui, loin des clubs de Liverpool et de Londres ou des scènes hyperbranchées américaines, ont pris le bon wagon, celui de l’Africa Express, filant à toute vapeur sous la direction d’un certain Damon Albarn (Blur, Gorillaz…). Et pas question pour les Songhoy Blues de s’arrêter en si bon chemin ! Avec Music in Exile, sortie prévue pour le 23 février, l’Afrique se découvre des petits gars partis pour… rester ! Eux qui arrivent déjà de si loin…

À l’heure où la planète musique découvrait Maison des Jeunes, nouvel opus du projet Africa Express du sieur Albarn, c’est comme un symbole que l’endiablé Soubour  a marqué les esprits mais surtout fait péter les décibels.  Un riffle de guitare accrocheur, une rythmique démentielle et ce petit supplément d’âme dans le chant qui fera du titre la carte de visite de ce petit bijou musical, de par trop méconnu, qu’est Maison des Jeunes.

Un symbole car le chanteur Aliou Touré et ses collègues du groupe, Oumar Touré (guitare), Garba Touré (basse) et Nathaniel Dembélé (batterie) nous arrivent de Gao, ville martyre du Nord-Mali qui avait vu les groupuscules islamistes d’Ansar Dine et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) instaurer la charia dans sa forme la plus moyenâgeuse !

Pour ces obscurantistes, aucun doute, la musique est « haram », comprendre « impure ». Le silence s’abattait sur la région. Garba en a fait l’expérience. Pris à partie - mini guitare acoustique à la main - par des moudjahidines arborant les couleurs du Djihad, le bassiste se voit avertir : la prochaine fois, son instrument sera réduit en cendres. Un moindre mal. Sale temps pour les musiciens qui, comme beaucoup d’autres, prennent la route de l’exil, celle de la capitale.

De fait, c’est à la suite de ces événements que Songhoy Blues voit le jour : « nous nous sommes dit que nous ne pouvions plus rester comme ça de simples naufragés dans la crise. Nous devions former un groupe », explique le bassiste qui, avec ses camarades, va connaître la vie aussi difficile que trépidante de « musicos » : des concerts qui s’enchaînent des heures durant ! Assurément la meilleure école pour étrenner un répertoire fait de reprises de standards du nord et de titres originaux où commencent à se forger le son Songoy.

Un mix entre deux horizons, l’Afrique et l’Occident, qui offre ce son si particulier. « Nous n’avons jamais choisi la modernité », avance Omar avant d’ajouter que « la modernité nous a choisis. Mais nous ne nous contentons pas de suivre la modernité ; nous sondons notre culture ancienne. Nous regardons, nous écoutons, nous cherchons au fond des choses. C’est ce qui nous donne de la force ».

L’aventure Africa Express suivra avec, comme parrain et mentor, un certain Nick Zinner, génial guitariste du groupe américain Yeah Yeah Yeahs ! Le contrepoint parfait à l’autre grande influence du quatuor : Ali Farka Touré, « un phare pour nous » reconnaissent-ils. La rencontre avec Damon Albarn fait le reste, tournée en Grande-Bretagne à l’été 2014 : Londres, Glasgow et mais surtout le festival WOMAD à Malmesbury, où le public – conquis –   n’aura de cesse de réclamer des rappels. Le groupe signe dans la foulée avec le très pointu label britannique Transgressive. Sous la houlette des toujours très impliqués Nick Zinner et Marc-Antoine Moreau, leur « découvreur », à la production, Music in Exile prend progressivement forme.

Et la folie ne devrait pas s’arrêter là car la rumeur bruisse : un long métrage sur l’interdiction de la musique au Mali pourrait voir le jour et les Songhoy Blues devraient y occuper une place centrale…  

Rédaction
Journaliste