Mokhtar Belmokhtar, c’est l’histoire d’un djihadiste propulsé au rang de légende par… ses adversaires. Annoncé mort à de multiples reprises…

Portrait

Mokhtar Belmokhtar : un borgne qui voit loin

Mokhtar Belmokhtar, c’est l’histoire d’un djihadiste propulsé au rang de légende par… ses adversaires. Annoncé mort à de multiples reprises, celui dont la tête est mise à prix (5 millions $) par Washington est aussi dans la ligne de mire de l’État islamique (EI). Une gloire de plus pour celui qui « ne rêve que d’une chose : mourir en martyr ».

Insaisissable, Mokhtar Belmokhtar l’est assurément. Le cerveau de l’attaque contre le complexe gazier d’In Amenas, dans le sud de l’Algérie en janvier 2013, a déjà connu plusieurs vies. À tout juste 43 ans, « Khaled » fait ses premières armes en Afghanistan en 1991. À défaut de s’illustrer au combat, le natif de Ghardaïa apprend et revient avec la conviction que l’avenir appartient à l’islamisme radical. En 1993, celui qui aura gagné le surnom du « borgne », pour avoir laissé un œil dans son expédition afghane, lance sa katiba et s’impose rapidement comme un chef influent du GIA. Pas le moins barbare non plus.

Paradoxalement, le borgne s’avère visionnaire. Dès 1998, il tisse des premiers liens avec un Al-Qaïda perplexe face à la tournure des événements algériens. Belmokhtar l’est tout autant et, combat perdu, commence à lorgner vers d’autres horizons. Pour les services de renseignement occidentaux, il devient une préoccupation permanente : Niger, Mauritanie ou Sénégal, son ombre plane. Un pouvoir de nuisance qui lui donne une place à part, sorte de chien fou, au sein du GSPC, futur Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Transformé en Mister Marlboro par les services algériens, soucieux de le discréditer, c’est dans l’enlèvement d’étrangers que « MBM » se spécialise. Un moyen de financer ses coups d’éclats. Son nouveau terrain de chasse ? Le Mali. Jouant de ses relations et contractant des mariages claniques avantageux, Belmokhtar joue des coudes, quitte à déranger ses partenaires algériens, pour intégrer au sein d’AQMI des leaders islamistes d’Afrique subsaharienne.

Stratège d’une rare intelligence, la personnalité de Khaled Abou Al-Abbas, son nom de guerre, divise dans ses propres rangs. La rupture est consommée fin 2012. Belmokhtar fonde son propre groupe, « Les Signataires par le sang », devenu Al-Mourabitoune après sa fusion avec les Maliens du MUJAO.  Au Mali, sa garde rapprochée tombe sous les balles, victime d’une campagne d’élimination ciblée. Tous sauf lui qui, depuis la Libye, a réitéré son allégeance à Al-Qaïda alors qu’un cadre d’Al-Mourabitoune avait pris l’initiative de se tourner vers l’EI. Une rivalité qui franchit un nouveau cap avec la publication par Daech, en été 2015, d’un avis de recherche à l’encontre de celui qui s’est entre-temps autoproclamé chef d'Al-Qaïda en Afrique de l'Ouest et rallié… AQMI.

Rédaction
Journaliste