L'éruption soudaine samedi soir du volcan Nyiragongo a provoqué la fuite en masse des habitants de la capitale du Nord-Kivu. La coulée s…

Congo - Kinshasa

En RDC, 13 personnes meurent en fuyant la coulée de lave du volcan Nyiragongo

L'éruption soudaine samedi soir du volcan Nyiragongo a provoqué la fuite en masse des habitants de la capitale du Nord-Kivu. La coulée s'est arrêtée au milieu de la nuit, épargnant l'aéroport à quelques centaines de mètre de là.

GOma

À quelques centaines de mètres à peine : la coulée de lave descendue des flancs du volcan Nyiragongo, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), s'est immobilisée dimanche dans les faubourgs de Goma, épargnant de justesse la capitale régionale du Nord-Kivu où les habitants s'inquiétaient toujours d'une possible reprise de l'éruption. La ville compte près de 600.000 habitants. L'immense coulée de lave a cessé sa progression dans le courant de la nuit pour s'arrêter dans le faubourg de Buhene, qui marque la limite nord-est de Goma, ont constaté des correspondants de l'AFP. «Les laves se sont arrêtées vers Buhene, en périphérie de Goma, (...) la ville a été épargnée», a déclaré dans la matinée le gouverneur militaire de la province, le général Constant Ndima, dans une courte adresse audio à la population sur les médias publics.

Le bilan provisoire fait état de 13 tués qui fuyaient l'éruption, «neuf dans un accident de la circulation et quatre à la prison centrale de Munzenze d'où ils voulaient s'évader», selon un porte-parole militaire local, le major Guillaume Njike Kaiko. L'ampleur des destructions n'est pas encore connue, mais un responsable administratif local, ayant requis l'anonymat, évoquait des centaines d'habitations englouties.

Du feu et de fortes émanations se dégageaient du front de lave rocheux, noirâtre et toujours instable. De nombreuses habitations ont été englouties par la lave, semblable à un énorme chewing-gum de plusieurs mètres de haut avalant tout sur son passage. Des amas de tôles tordues par la fournaise s'entassaient ici et là sur la roche encore fumante et s'étendant à perte de vue. La lave a stoppé sa progression à quelques encablures de l'aéroport de Goma, d'où les avions ont été évacués dans la nuit et dont tous les vols ont été annulés.

«Ce matin nous avons vu que tout le quartier est parti en fumée, le feu est descendu jusqu'ici à partir du territoire de Nyiragongo», a témoigné sur place une habitante, Irene Bauma. «Il y a des parcelles, il y a des gens, il y a la population qui a perdu des biens, peut-être il y a aussi des morts, je ne sais pas» a confié le propriétaire d'un commerce épargné, Kambere Ombeni, appelant le gouvernement à «venir en aide aux rescapés du volcan». «Cinq personnes ont été tuées dans des accidents lors des déplacements de population», selon le général Ndima. Plusieurs vols dans des boutiques et une tentative d'évasion des prisonniers «à la prison de la ville ont été enregistrées, mais »la situation est maîtrisée», a assuré l'officier.

Goma

Dans la périphérie, à Buhene, des «maisons ont été ravagées par les laves», a précisé le général, sans donner de bilan chiffré de ces destructions. L'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), qui gère le parc national des Virungas, où est situé le volcan, a par ailleurs annoncé que des «touristes présents hier au cratère sont sains et saufs». Les rares gorilles de montagne, dont les Virunga sont un sanctuaire, «ne sont pas menacés», a ajouté l'ICCN. De petits séismes secouaient la ville de façon régulière, alors que plus d'une dizaine de ces grosses secousses ont été ressenties depuis l'aube.

L'éruption samedi soir du volcan a pris tout le monde de court, y compris les autorités, forcées de donner un ordre d'évacuation de la ville. Des dizaines de milliers de personnes ont fui vers le poste frontière avec le Rwanda, tout proche, au sud de Goma, et vers le sud-ouest de la ville, en direction de la région du Masisi. Au Rwanda, l'accueil de ces réfugiés d'un jour s'est déroulé dans le calme, canalisé et organisé par les autorités. Une réunion de crise des autorités élargie à la Monusco (mission de l'ONU dans le pays) et aux ONG internationales et nationales devait se tenir dimanche évaluer la situation. La précédente éruption majeure du Nyiragongo remonte au 17 janvier 2002 et avait fait une centaine de morts.

 

Enoch David Aluta
Journaliste