Fort d’un potentiel agricole exponentiel, l’Afrique se doit désormais de trouver sa voie en matière de développement. Quelle direction…

Analyse

La révolution verte en question

Fort d’un potentiel agricole exponentiel, l’Afrique se doit désormais de trouver sa voie en matière de développement. Quelle direction poursuivre ? Telle est finalement la grande question. Les différentes révolutions vertes que le monde a traversées devraient  logiquement servir d’aiguillon au continent. D’autant que mettre ses pas dans ceux du Brésil ou de la Thaïlande, deux modèles de développement diamétralement opposés, ne signifie pas les mêmes implications.

D’un côté, de vastes domaines latifundiaires, franchissant allègrement les 1 000 hectares (ha). De l’autre, quelque 90 % d’exploitations ne dépassant pas 6,4 ha en moyenne. Voilà deux approches radicalement différentes du développement agricole qui ont pourtant fait du Brésil comme de la Thaïlande de véritables poids lourds du secteur. Les faits ne disent pas autre chose : importateur net de produits agricoles dans les années 70, le Brésil parvient désormais à répondre pleinement à sa consommation intérieure et réalise un excédent commercial de près de 80 milliards de dollars. La Thaïlande, pour sa part, n’a jamais été confrontée à la problématique de l’autosuffisance mais a largement orienté sa filière agroalimentaire vers l’export. La comparaison s’arrête là.

Le géant sud-américain – peuplé de 200 millions d’habitants - s’appuie effectivement sur un modèle agricole dual, fortement polarisé et profondément inégalitaire. Ce que certains chiffres ne démentent pas. Ainsi, 79 % de la valeur de la production agricole brésilienne proviendraient de 5 % des exploitations commerciales. Des domaines de quelques 300 ha en moyenne alors que la taille habituelle d’une exploitation familiale plafonne à 18 ha. Ils sont 84 % de la population agricole à se bousculer sur les 24 % des terres arables détenues par ces petits propriétaires. C’est donc tout un pan du monde rural qui passe à côté de ce véritable miracle économique qui n’est que mirage pour l’écrasante majorité.

 

Derrière la réussite, bien des périls !

Pour sa part, la Thaïlande est parvenue à faire de son industrie agroalimentaire l’une des plus développées de toute l’Asie du Sud-Est. Pourtant, sur les  5,8 millions d’exploitations recensées, elles sont moins de 0,5 % à disposer de 140 rais, soit 22,4 ha. La surface moyenne d’un « domaine » s’établissant à… 3,2 ha. Ce qui n’empêche pas ce modeste royaume de 67 millions d’âmes d’être l’un des leaders de la production du riz, du caoutchouc, du sucre, du manioc ou de l’huile de palme. De fait, 25 % de ces produits (et quelques autres) sont exportés vers les marchés internationaux. Pour autant, ce serait plonger dans l’idéalisme que d’envisager la situation thaïlandaise comme un optimum. Là encore, la croissance n’a pas profité à tous et certaines régions, notamment au nord et au nord-est, sont à ranger au rayon des laissés-pour-compte…

Deux modèles pour deux pays et autant de défis à relever de chaque côté. L’enjeu social, déjà évoqué, s’avère bien évidemment central dans la réflexion. Plus encore alors que, rentabilité oblige, nombre de grands acteurs de l’agroalimentaire tendent à vendre hors de leurs frontières une production bien plus adaptée aux marchés extérieurs. Et ce aux dépens de la population locale.

L’autre grande préoccupation est environ-nementale. Si le Brésil est parvenu à accroître de 151 % sa productivité agricole en 30 ans, ce haut rendement se trouve désormais menacé : valorisation excessive des terres et épuisement des sols remettent ainsi en question la durabilité du système productif. Une dégradation qui affecte tout autant les exploitations thaïlandaises, notamment saturées d’engrais et autres pesticides.

L’autre grand péril qui guette prend la forme de la déforestation. Près d’un tiers de la forêt amazonienne a ainsi été transformée en terre agricole dans un Brésil qui a vu sa surface cultivable augmenter de 30 % en moins de 20 ans. La Thaïlande, pour sa part, aurait vu ses surfaces boisées diminuer de moitié (de 53 % à 26 %) entre 1961 et 1998. Ce sont rien de moins que 5 000 km2 de zones forestières qui disparaissent chaque année. Malgré les réglementations et autres interdictions votées par les différents gouvernements. Voilà là un rapport prédateur avec l’espace et l’environnement aux conséquences innombrables. Première victime ? Une biodiversité aussi fragile qu’elle est menacée.

Autant de paramètres que l’Afrique devra prendre en compte avant de se lancer pleinement dans sa révolution verte.

Rédaction
Journaliste