Il y a un an, l'ONU, avertissait que 20 millions de personnes sont menacées par la famine et courent le risque de mourir au Nigeria, en Somalie, au Soudan du Sud et au Yémen. Son Secrétaire général, Antonio Guterres, disait même que "C'est la plus importante crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale."

Crise humanitaire, entre grains de riz et munitions

La présidence responsable de la famine au Soudan du Sud

Il y a un an, l'ONU, avertissait que 20 millions de personnes sont menacées par la famine et courent le risque de mourir au Nigeria, en Somalie, au Soudan du Sud et au Yémen. Son Secrétaire général, Antonio Guterres, disait même que "C'est la plus importante crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale."

Des enfants atteints de malnutrition sévère au centre de stabilisation de Ganyiel, au Soudan du Sud le 4 mars 2017. Crédits : Albert Gonzalez Farran/AFP

 

En juillet 2011, Juba célébrait dans l'euphorie générale son indépendance. Les droits de l'Homme furent au coeur de cette lutte pour l'indépendance.

Le président Salva Kiir rappelait à l'occasion de la journée des droits de l'homme : "Nous nous sommes battus pour l'égalité, pour que notre dignité et nos droits humains soient respectés, quelque soit notre origine, couleur, croyance ou tribu. Aujourd'hui, nous devons nous assurer que notre nation sera construite sur ces principes et valeurs". Des paroles faciles pour le président Salva Kiir que les experts de l'ONU dans la conclusion d'un rapport confidentiel, consulté en mars 2017, par Reuters, accusent de piocher dans la rente pétrolière pour acheter des armes. 

7 ans après l'indépendance, que reste-t'il des beaux discours ?

La plus jeune nation du monde semble être un État mort né. Et les 75% de  pétrole hérités du Soudan voisin ne suffisent pas à faire régner la paix et la prospérité que ses habitants méritent. En effet, 97 % des revenus déclarés du Soudan du Sud proviennent des ventes de l'or noir. "En dépit de l'ampleur des crises politique, humanitaire et économique, le comité continue de découvrir des preuves de la poursuite d'acquisition d'armes par le (...) gouvernement pour l'armée sud-soudanaise, le service de sécurité nationale et d'autres milices et forces associées", précise le rapport. Il ajoute que les parties prenantes dans le conflit continuent de violer les droits humains "dans une impunité presque totale, et un manque d'efforts crédibles pour empêcher ces violations ou punir leurs auteurs."

Au Soudan du Sud, la Directrice exécutive de l'UNICEF, Henrietta H. Fore (à gauche) et le responsable des questions de nutrition à l'UNICEF, Joseph Senesie (en bleu), parlent avec des patients à l'hôpital Al Sabbah à Juba, au Soudan du Sud. Photo UNICEF/Prinsloo

Les rapports de l'UNICEF sont tous aussi accablants. Après une visite éclair au Soudan du Sud, la Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Henrietta H. Fore réclame un accès sans entrave auprès de ceux ayant besoin d'assistance et dénonce :

L'impact de cette violence implacable est dévastateur

"L'impact de cette violence implacable est dévastateur. J'ai rencontré une mère qui a dû marcher pendant des jours pour obtenir un traitement pour son bébé souffrant de malnutrition. J'ai parlé avec un jeune garçon qui a été forcé de rejoindre un groupe armé à l'âge de 10 ans", a-t-elle ajouté.

Les Nations Unies déclarent que 42% de la population, soit 4,9 millions de Sud-Soudanais, ont besoin d'une aide alimentaire d'urgence. Une situation liée à Juba qui "refuse l'accès à l'aide humanaitaire". 

Le Soudan du Sud, l'endroit le plus dangereux au monde pour les travailleurs humanitaires

Ce n'est pas moins de 28 travailleurs humanitaires qui ont été tués en 2017. Malgré cet environnement difficile, l'UNICEF continue de fournir une assistance vitale à des centaines de milliers d'enfants, qu'il s'agisse de vaccinations, de lutte contre la malnutrition ou d'accès à l'éducation.

Fin janvier, la FAO informait avoir besoin de 7,5 millions de dollars en vue de mener à bien une campagne urgente de vaccination du bétail au Soudan du Sud. Toute la bande sahélienne serait menacée. C'est-à-dire du Mali à l’Ethiopie. Mais ces pays ont un dénominateur commun : la pauvreté aggravée par des conflits armés et des incursions terroristes. Aussi, dans la plupart des pays où les populations luttent contre la faim, "à l'approche de la saison sèche, les besoins - et les menaces - ne feront que croître avec une augmentation du nombre d'enfants et de familles cherchant de l'aide dans les camps de personnes déplacées et les financement ne suivent pas le rythme" note Henrietta H. Fore. 

L'ONU a lançé un appel de fonds humanitaire de plus de 3 milliards de dollars, dont 1,5 milliard pour aider les réfugiés fuyant leur pays et 1,7 milliard de dollars pour les personnes dans le besoin à l'intérieur de ce pays. Mais cela est loin d'être suffisant. Malgré des processus de paix, de revitalisation et autres plans d'actions engagés par le gouvernement, les combats ne montrent aucun signe de ralentissement et les besoins humanitaires sont énormes.

Seule la fin des hostilités peut redonner espoir et sécurité aux enfants et aux jeunes du Soudan du Sud. Jusque-là, les parties au conflit et les bailleurs de fonds ne contribuent pas assez à l'enrayement de ces fléaux. Sans cela, la vie et l'avenir de millions de Sud-Soudanais continuera d'être précaires.

 

Asmaou Barry
Journaliste correspondante à Conakry