Biens mal acquis : un procès historique

Nicolas Feuillate né en terre d'enchantement
Nicolas Feuillate né en terre d'enchantement
Nicolas Feuillate né en terre d'enchantement

 

La Cored, coalition politique a t-elle sa place au procès des BMA ?

Biens mal acquis : un procès historique

Obscur objet d’une polémique qui ne cesse d’enfler, l’affaire des BMA dure depuis bientôt dix ans. La plainte déposée par Transparency International en 2008 a trouvé écho dans plusieurs instructions judiciaires menées par la France à l’encontre de trois dirigeants africains. Parmi eux : le vice-président équato-guinéen. Le procès s'est ouvert lundi 19 juin et Teodoro Nguema Obiang Mangue, absent et représenté par ses avocats est clairement dans le collimateur de la justice française. D’aucuns y voient une cabale suspecte contre les États africains, d’autres, de la corruption avérée requérant un couperet nécessaire. Une chose est sûre : au départ financier, le dossier équato-guinéen est devenu tout récemment une affaire politique.

 

Détournements présumés de fonds publics passés par des comptes bancaires français, 26 voitures de luxe importées, 18 M€ dépensés lors d’une vente aux enchères Yves Saint Laurent / Pierre Bergé et un immeuble situé avenue Foch, à Paris : voici le trésor de guerre qui a emporté le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue dans la tempête judiciaire.

Chacun voit midi à sa porte

"En 2011, l’État équato-guinéen a racheté l'immeuble avenue Foch et nous savons pertinement qu'il appartenait à Teodoro Nguema Obiang Mangue. Ce qui constitue en soi un délit de recel", explique Salomon Abeso Ndong, président de la Coalition pour la Restauration d'un État démocratique (Cored). Les avocats de la Défense du vice-président de la Guinée équatoriale ont fait part de leurs souhait que le procès de leur client ne vire pas au procès politique avec la présence qu'ils jugent illégitime de ce groupe qui s'est constitué le 2 janvier 2017 partie civile.

Info/intox : un tri difficile

Lors de la conférence de presse organisée à Paris le 15 juin 2017, l'ambassadeur de la République de la Guinée équatoriale en France, Miguel Oyono Ndong Mifumu a dénoncé un financement de la Cored par les ONG qui attaquent sempiternellement la Guinée équatoriale. Interrogé par 54 États, William Bourdon a nié "avoir un contact privilégié avec la coalition ou être son témoin assisté. Il faut savoir faire la différence entre une action politique et citoyenne". La Cored, elle, s’est dite prête à ouvrir ses comptes devant la justice.

La Guinée équatoriale tient à souligner que les accusations portées contre son vice-président proviennent de la Cored et que cette coalition n'a aucune preuve. La Guinée équatoriale infrome aussi que l'ensemble des institutions bancaires, notamment françaises, ont toujours été en mesure de vérifier et d'attester que la loi équato-guinéenne avait toujours été respectée. Un chaos pour le moins dissonant où en l'absence de preuves matérielles, il est difficile de donner du crédit à un quelconque détracteur…

La bascule dans le sang ?

La liste de 311 exécutions rendue public par la Cored et dont il accuse le président Obiang d'être responsable est ici l’occasion de remettre les pendules à l‘heure. "Il y a un mélange avec des personnes mortes pendant le régime de l'ancien Président Macias et sous notre système" informait à l'écoute de ces témoignages de la Cored l'ambassadeur Miguel Oyono Ndong Mifumu. Si certains ont disparu dans les années 70/80, la Cored n’entend pas faire de différences.

Selon la Cored, les précédents postes occupés par Teodoro Obiang Nguema Mangue sous le régime Macias, entre 1969 et 1982, rendent l’actuel président responsable des morts antérieurs à sa présidence. Enfin, la Cored déplore le retour d’un opposant historique Bonifacio Nguema Esono Nchama, demeuré 27 ans en exil et retrouvé assassiné 15 jours après son retour au pays. "Nous n'entendons pas limiter les crimes commis par Obiang à partir de son accession à la présidence. Par ailleurs, la liste de désormais 385 noms augmente tous les jours depuis que nous avons fait un appel à témoins sur Internet. On nous avait promis 3 noms de personnes toujours en vie et figurant sur notre liste. Nous attendons toujours cette information qui tarde à venir".

La Défense de Monsieur Nguema s'en frotte déjà les mains tant il est clair que ces accusations ne concernent en rien le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue et qu'elles n'ont aucun lien avec les chefs d'inculpation qui lui sont reprochés. Maitre Marsigny crie déjà au "Procès politique" et préconise, pour que cette audience se passe dans des conditions sereines, que le volet Cored soit traité indépendamment de cette affaire.

Maitre Bourdon ne l'entend pas de cette oreille : "le régime de la Guinée équatoriale pourchasse inlassablement ses oppsosants. Ils voudraient aussi les chasser de l'audience et nous faire ici une leçon de droit."

À quand les lendemains qui chantent ?

En dépit d’un appel à l’apaisement lancé par toutes les parties, les esprits ne sont pas prêts d’être rassérénés. Toujours exilée en Europe, à l’instar de 250 000 autres personnes, la Cored, veut à la fois "faire saisir les biens mal acquis" et traduire devant la justice les responsables de la liste de 385 personnes assassinées et torturées dans le pays. Malabo envoie des signes de paix en affirmant que l’amnistie a été accordée en novembre 2014 à tous les opposants sans exception. Mais les opposants dénoncent la tentative du gouvernement équato-guinéen d’endormir l’opinion internationale en lui faisant croire qu’une table ronde multipartite a bien eu lieu. Si certains comme Gabriel Nse Obiang Obono (CI) ont vu leur parti légalisé par le président Obiang en août 2015,  la Cored indique que d’autres, tel que Guillermo Nguema du Force Démocrate Républicaine (FDR), serait confiné dans leur village.

Pour information, la Guinée équatoriale a jusqu’ici 19 partis politiques légalisés dont 10 formant la majorité présidentielle avec le parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE) au pouvoir. L'un des avocat de la Défense Maitre Tomo réclame, pour une réelle équité que si la Présidente persiste à maintenir la présence de la Cored, qu'il serait bon de convier à cette audience également tous les autres parties de l'opposition.

Pour la Cored, l’appel à la communauté internationale permettrait de sortir de la corruption reposant sur le clientélisme, de faire table rase avec de faux partis politiques, des assignations à résidence d’opposants ou encore des bureaux de vote encadrés par des militaires. D’autres, comme Maître Viala joint par téléphone, s’insurgent quant à l’ingérence de la France dans le dossier équato-guinéen : "Au nom de quoi, la France estime-t-elle avoir une compétence universelle l’autorisant à fouiller dans les affaires d’un pays indépendant ? Par ailleurs, elle fouille là où cela l’arrange. L’Afrique est un terrain de jeu pour l’État français, alors que la Françafrique devait s’arrêter sous Hollande, encore une promesse non tenue !" Maitre Tomo l'avocat équato-guinéen d'ajouter que "la justice équato-guinéenne, qui est seule compétente pour connaître d'éventuelles infractions commises sur son territoire, a pu constater qu'aucune infraction n'avait été commise sur son territoire national"

Infiltrée puis débarquée par la Cored

Autre polémique mystérieuse que celle qui entoure Emely Nchama Jarh, ex-secrétaire générale de la Cored, exilée puis rentrée, à l’été 2015, en Guinée équatoriale. De la lorgnette de Malabo, elle illustrerait l’exemple parfait de la bienveillance du gouvernement équato-guinéen à l’endroit de ses opposants en exil et désireux de retrouver leurs pénates. Du point de vue de la Cored, Emely Nchama Jarh est une infiltrée envoyée par Malabo. La coalition l’aurait débarquée au moment où elle aurait découvert la nature des relations de l’ex-prétendue opposante avec le président Obiang.

 

Une seule question : cette association qui semble vivre dans un climat paranoïaque est-elle bien sérieuse ?

Rédaction
Journaliste